Où finit la nature, où commence la culture?

L'invitéOlivier Delacrétaz s'interroge sur le phénomène de «construction sociale».

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Le féminisme a donné un tour combatif au débat de toujours sur les rapports entre la nature et la culture. Une des thèses en vogue est que l’attribution aux deux sexes de compétences différentes relève non de la nature, mais de la culture. Le sexe biologique seul est naturel, tout le reste relève d’une «construction sociale». La génération née avant la guerre jugeait, à l’inverse, que la culture d’ici, en matière de relations humaines, de mariage, d’éducation et de politesse, de valeur du travail, s’identifiait à la nature elle-même. Tout ce qui s’en écartait était considéré comme bizarre, choquant, pour ne pas dire «contre nature». C’est ainsi qu’en 1944, le docteur et explorateur vaudois Fred Blanchot publiait chez Payot «Les mœurs étranges de l’Afrique noire». Étranges!

En caricaturant, on pourrait dire qu’en deux générations, on est passé du tout-naturel au tout-culturel.

«Quand commence la «construction» culturelle et sociale? à partir de la conception? de la naissance?»

Poussée à l’excès par les féministes modernes, la distinction entre ce qui est transmis par la génération (nature) et ce qui est transmis par l’éducation et les mœurs (culture) reste légitime. Le problème, c’est qu’il est difficile de savoir quand finit la nature et quand commence la culture. Toute limite est floue ou discutable. À partir de quand commence la «construction» culturelle et sociale? à partir de la conception? de la naissance? de la station debout? de l’acquisition du langage?

D’un côté, même nos mouvements réflexes, éternuement, bâillement, clignement, ont quelque chose de culturel. De l’autre, des comportements très sophistiqués, baisemain, révérence, peuvent avoir une spontanéité que chacun s’accordera à qualifier de «naturelle». Où donc placer le curseur?

Une approche possible est de ne pas opposer la nature et la culture, mais de les percevoir dans une relation de continuité. Dans cette perspective, la nature est un ensemble de potentialités et la culture est une mise en valeur desdites potentialités: le don de peindre est naturel, le tableau est culturel. Mais la culture ne se substitue pas aux données naturelles. La nature stable persiste sous la culture qui évolue, comme le «je» individuel subsiste, pareil à lui-même, de l’enfant en gestation au vieillard.

Le terme de «construction» indique une action extérieure et volontariste. Ceux qui l’appliquent à la culture occidentale sous-entendent polémiquement que cette culture est née et qu’elle a sévi, durant de nombreux siècles, en contradiction avec la nature. Ce serait une culture bâtie sur l’artifice et le mensonge, conçue expressément à des fins de domination.

Je crois que la nature est trop forte et trop présente pour souffrir durablement de tels écarts. Chaque culture a ses manques, ses déviations et ses excès. Mais toutes relèvent de la nature aussi étroitement qu’il est possible.

Créé: 25.06.2019, 07h04

Olivier Delacrétaz, président de la Ligue vaudoise.

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