Un formidable coup de pied dans la fourmilière
L'invitéRobert Ayrton commente l’acquittement des douze activistes ayant investi une banque, au nom de l’urgence climatique.
L’acquittement des douze activistes de Lausanne Action Climat est un formidable coup de pied dans la fourmilière. On a beaucoup dit que ce jugement était courageux. On doit le réaffirmer. Il était courageux de la part d’un magistrat de rendre une décision qui, il devait bien s’en douter, serait combattue avec force. D’ailleurs, sans surprise, le procureur général a annoncé vouloir faire appel.
Ceux qui voudront voir ce jugement passer aux oubliettes invoqueront surtout des arguments juridiques. Mais derrière se cachent des enjeux politiques, à deux niveaux.
Le procès qui vient de se clore à Lausanne signe d’abord le choc frontal entre deux systèmes de légitimités, l’antique tension entre la loi positive et l’impératif éthique, entre légalité et justice, entre Créon et Antigone. La règle axiomatique du contrat social veut que tout citoyen et justiciable se soumette à l’ordre juridique. Ce contrat est un mythe, mais un artifice jugé nécessaire pour préserver l’ordre établi de la révolution et de l’anarchie. En face, la désobéissance civile, quelle qu’elle soit, apparaît comme un facteur potentiel de chaos. De ce point de vue, dire qu’elle peut être justifiée, même pour une cause noble, passe pour un sophisme et un outrage.
Ensuite vient le niveau de l’affaire des activistes elle-même. Par son effet polarisant, elle a mis en évidence deux attitudes fondamentalement opposées par rapport à la question du réchauffement climatique. D’un côté, ceux qui prennent au sérieux le danger planétaire, et qui veulent agir. De l’autre, les sceptiques, les cyniques ou les indifférents, les gens bien intentionnés comme disait Brassens, ceux qui prétendent encore que le rôle de l’homme n’est pas prouvé, que les multiples rapports du GIEC sont biaisés, ceux qui hausseraient les épaules en apprenant que, sur ces 25 dernières années, l’augmentation de la température des océans équivaudrait, en joules, à l’explosion de 3,6 milliards de bombes atomiques de la puissance d’Hiroshima.
«Le procès qui vient de se clore à Lausanne signe le choc frontal entre deux systèmes de légitimités»
Incriminer les activités humaines dans la survenance de cette catastrophe annoncée conduit forcément à devoir repenser intégralement notre manière de produire et de consommer. Mais c’est là un discours que les milieux économiques abhorrent, pour les raisons que l’on connaît. Ils sortent donc l’artillerie et passent à un travail de sape. On en trouve déjà un aperçu dans le journal «Le Temps» du 13 janvier 2020 sous la plume d’un conseiller national PLR connu pour ses prises de position ultralibérales, qui voilait à peine son mépris pour les militants acquittés, les traitant de «héros à la petite semaine».
Ces «héros à la petite semaine» semblent pourtant bien déterminés à poursuivre leur combat, et ce n’est manifestement pas les tribunaux qui les en empêcheront. Après tout, la désobéissance civile implique par définition un acte illégal. La sanction pénale fait partie de l’équation, elle est attendue et même assumée.
Créé: 16.01.2020, 06h39
Robert Ayrton, avocat.
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