La France n’avance qu’à reculons!

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Les morts de Jean d’Ormesson et de Johnny Hallyday ont maintenu l’actualité française en dessous de la ligne de visibilité. Le radar émotionnel a placé son curseur sur l’intensité maximale. Aussi, la lecture du Canard enchaîné, après celle de tous les suppléments spéciaux consacrés à ces deux monstres sacrés de la nostalgie réac’ de la France d’antan, s’avère une piqûre de rappel salutaire.

Or donc, le caneton qui tape là où ça fait mal depuis plus de cent ans informe son demi-million d’acheteurs hebdomadaires que non, la France n’a pas encore vraiment changé. Même après avoir marché et rassemblé sur les Champs-Élysées une foule gigantesque de quidams venus dire adieu à un artiste qui les aimait beaucoup plus que leur fisc.

Or donc, on apprend que la plainte de François Fillon contre Le Canard enchaîné a été classée sans suites. Le candidat fracassé de la droite «des valeurs et de la morale» n’a pu faire valider une plainte pour diffamation dans l’affaire du Penelopegate. Soit la révélation des emplois fictifs et répétés de l’épouse de l’ex-favori à la présidentielle. Détail important: la justice n’a pas donné raison à l’un plutôt qu’à l’autre, elle a dit en quelque sorte que la plainte de François Fillon était irrecevable faute d’éléments.

On appréciera donc l’aplomb ou le panache, c’est selon, de François Fillon, qui dans la dernière ligne droite de la présidentielle, et sentant le sol se dérober sous ses pieds, menaçait ses contradicteurs. Jetant ses cartes dans la bataille, il disait avoir «les dates, les jours, les personnes qui ont communiqué des documents» pour traduire en justice tous ceux qui n’adhéraient pas à son projet de redresser la France, promettait-il sur France 2. Tout cela n’était que du vent, de l’esbroufe, du cinéma…

La procédure lancée par l’ancien champion de la droite est si fragile et rocambolesque qu’elle permettrait au Canard enchaîné de la retourner contre son auteur pour «dénonciation calomnieuse».

Pourquoi alors l’a-t-il lancée, se demande le journal satirique, faussement ingénu? L’explication la plus simple est que son élection à la présidence de la République l’aurait mis à l’abri de toutes les poursuites. Car elles sont au pluriel et la justice les a ouvertes de son propre chef. François Fillon reste soupçonné de «détournement de fonds publics, complicité et recel d’abus de biens sociaux» et encore «d’escroquerie aggravée».

Autre affaire que nous rapporte Le Canard enchaîné: la déontologue de l’Assemblée nationale se plaint de ne pas avoir les moyens de remplir ses tâches. Grave, elle constate que la mise en œuvre de la nouvelle loi sur la moralisation reste «très en deçà de l’objectif de rétablissement de la confiance entre les citoyens et les parlementaires». En clair, si les intentions étaient louables, les discours pimpants et tonitruants, la déontologue du parlement – oui, c’est une dame – avoue qu’il sera aisé aux élus de se faire rembourser aux frais de l’État des dépenses liées à leur vie privée.

Cela ne signifie pas pour autant que la corruption à la française a repris de plus belle, mais le changement d’époque s’est opéré dans les discours et non dans la réalité. C’est bien ce que dit Mme Déontologie quand elle avance son manque de moyens pour contrôler quoi que ce soit. Alors quand un nouvel élu de la majorité présidentielle, La République en marche, se plaint dans la presse d’avoir dû réduire son train de vie en ne touchant que 5000 euros par mois, on comprend que le décalage entre la caste dirigeante et les Français est encore énorme. Lors des débats sur la loi de moralisation de la vie publique, l’historien Jean Garrigues soulignait en nos colonnes la demande exprimée par les Français de contrôle et de régulation de l’argent public. L’affaire Fillon pourrait encore avoir lieu. Retiens la nuit, chantait Johnny. Eh oui, la France reste ce pays qui avance en regardant en arrière. (24 heures)

Créé: 14.12.2017, 17h39

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