On se les gèle, bordel!

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À l’heure où sévissent les nouvelles guerres froides (ou commercialement tièdes) entre les États-Unis et la Chine, ces conflits de frigidaires géopolitiques ne font pas le poids face à l’indiscutable baromètre météorologique, trop souvent confondu avec un indicateur fiable du réchauffement climatique. Il n’empêche que, dès les premiers frimas annonciateurs d’abus netflixiens et de canonnages dans les Préalpes, la sagesse des nations se ressaisit pour asséner doctement des intuitions orientées avec la force de théories éprouvées par une décennie de publications dans la revue «Nature».

Réchauffés par ce retour du froid, les climatosceptiques – l’orthographe ne leur rend pas justice, il faudrait les écrire «climatoseptiques» tant ils infectent le débat d’inepties sponsorisées par le moteur à implosion qui leur sert de cerveau – se lancent dans des danses de Saint-Guy médiatiques pour rappeler que la saison de ski est sauvée et, par là, une certaine conception de l’univers basée sur une consommation fervente et non sur de chauds arguments. Les sans-abri qui dorment dans la rue et qui n’ont pas encore acheté leur Magic Pass ne les remercient pas, même si ceux qui doutent des méfaits anthropo-industriels sont souvent les mêmes qui pensent que les pauvres ne méritent même pas un sachet à glaçons avant le crématoire.

À ce stade du réquisitoire, vous vous dites: voilà encore une belle pastèque bien verte qui cache des rougeurs d’autant plus offensantes que l’on célèbre les 30 ans de la chute du Mur, cette merveille pour le DAX, l’indice boursier allemand. Vous vous trompez. Cet éclat n’a de raisons que strictement pragmatiques et égoïstes. Car le froid existe en dehors de tout débat idéologique. Demandez aux ours polaires, qui en manquent, ou aux pensionnaires de cette prison fédérale de Brooklyn qui, en février, en ont tant joui après une panne d’électricité qu’ils finirent par en tirer quelque amertume. La chute n’était pas celle de leurs murs, mais de 20 degrés sur l’échelle de Celsius, une méchante dégringolade, même pour des créatures monocellulaires.

Je suis comme ces bagnards new-yorkais, privé de chauffage depuis deux semaines. J’ai tenté le stoïcisme transcendantal, la gymnastique suédoise, le tantrisme sportif, le déni corporel et la multiplication des bougies, rien n’y fait: je me les gèle. Ma régie s’est empressée de vérifier deux fois la chaudière, elle va bien, elle est jeune, elle. J’ai pensé que ma gérance mettait en œuvre un programme avant-gardiste d’économie d’énergie fossile, mais non, la conclusion est tombée: le chauffage était simplement trop faiblement réglé. Soulagement d’une Granita à la pastèque.

Créé: 16.11.2019, 10h42

Boris Senff, rubrique Culture et Société

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