La «genevoiserie» sans fin de Pierre Maudet

La rédactionPatrick Monay commente l'attribution d'un prix humoristique au conseiller d'État du bout du lac.

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Genève, c’est comme le Valais: on ne s’y ennuie jamais en suivant les affaires publiques. Le palmarès des «Genferei» 2019 en donne une nouvelle preuve: entre les notes de frais abracadabrantes des élus de la Ville, les soupçons de bidouillages de bulletins de vote et les gares du Léman Express dépourvues de toilettes, le jury avait l’embarras du choix cette année. Mais c’est logiquement Pierre Maudet qui a été couronné de la plus haute distinction, mercredi soir.

Le conseiller d’État PLR devait s’y attendre. Comment son voyage tous frais payés à Abu Dhabi et ses mensonges répétés à ce propos auraient-ils pu échapper aux journalistes genevois qui décernent ce prix humoristique? Il a eu beau se défendre sur les plateaux de télévision en arguant que le scandale n’avait pas coûté un centime aux contribuables, son retentissement ne pouvait que valoir au magistrat la «genevoiserie ultime».

Au-delà des railleries, la situation de Pierre Maudet a quelque chose de pathétique. Enfant prodige de la politique, candidat sérieux au Conseil fédéral il y a moins de deux ans, le magistrat se morfond aujourd’hui dans un département qui s’est réduit comme peau de chagrin. Dépossédé de presque tous ses dossiers, il ne pilote plus que le développement économique du Canton. Il assiste aux séances du Conseil d’État sans pouvoir exercer l’influence dont il était coutumier. Quant à la scène nationale, où il s’imposait dans le domaine de la sécurité notamment, il en a totalement disparu.

La descente aux enfers de Maudet paraît sans fin. La justice vient de lui infliger un nouveau camouflet, sa demande de récusation des procureurs chargés d’enquêter sur la luxueuse escapade à Abu Dhabi ayant été sèchement rejetée. Et quand il gagne, c’est pour des broutilles. Cette semaine, l’Autorité d’examen des plaintes en matière de radio-télévision a tapé sur les doigts de la SRF pour un reportage jugé partial concernant Pierre Maudet. L’intéressé s’est contenté de demander des excuses à la chaîne alémanique. Pas de quoi redorer son blason.

Reste la question qui gêne le plus le citoyen lambda. Le conseiller d’État, âgé de 41 ans, s’accroche-t-il comme un beau diable à la rente à vie auquel ses huit ans de fonction lui donnent droit? Le suspense n’en est plus vraiment un, puisqu’il lui suffira de «tenir» jusqu’au 29 juin pour toucher cette pension. On parle, excusez du peu, de 89 161 francs par an.

Dans ce contexte crispant, les Vert’libéraux genevois ont lancé une initiative populaire visant à abolir les retraites à vie des élus. Il ne serait donc pas étonnant que Genève, à l’image de nombreux Cantons avant lui, supprime dans un proche avenir ces privilèges d’un autre âge. Comme quoi même les pires «Genferei» peuvent avoir du bon.

Créé: 14.06.2019, 07h00

Patrick Monay, chef de la rubrique Suisse

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