«Goodbye Lenin», le Mur, trente ans après

La rédactionVirginie Lenk évoque l'histoire de sa grand-mère, qui a fui l'Allemagne de l'Est, et l'«ostalgie» qui n'a jamais quitté certains.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Ma grand-mère était une femme incroyable. Née en 1921 en Allemagne, veuve de guerre en 1945, elle avait monté une maison de couture dans sa ville natale en Saxe, qui, en raison des aléas de l’histoire, fit partie du jour au lendemain de la République démocratique, la RDA. Dans les années cinquante, elle se rendait régulièrement à Berlin-Ouest pour assister aux premiers défilés de mode. Un peu de rêve et de paillettes pour les femmes dans ces temps difficiles de reconstruction.

Malheureusement, ses allées et venues dans l’antre du capital furent rapidement repérées par le parti. Un soir, un voisin bien intentionné – peut-être celui qui l’avait dénoncée? – l’avertit que les agents de la Stasi seraient à sa porte le lendemain pour fermer les ateliers et l’interroger.

Ma grand-mère habilla ses deux fils, embrassa ses parents et, une valise à la main, grimpa dans un train pour Berlin. Il s’y tenait justement une réunion des scouts d’Allemagne, et c’est déguisés en louveteaux que mon père et son frère descendirent du tram à l’arrêt Friedrich­strasse-ouest pour ne plus jamais y remonter. La suite, mon père me l’a souvent racontée. La traversée de l’Allemagne d’un camp de transit à l’autre, tels des réfugiés politiques dans leur propre pays, pour finalement décrocher un apprentissage en Suisse, lumière au bout du tunnel.

J’ai visité récemment à Berlin le Musée de la RDA. Six millions de visiteurs depuis son ouverture, un succès. On y découvre la vie des Allemands de l’Est durant les quarante ans d’un régime autoritaire, l’appartement témoin, le panier de courses de la ménagère, das Sandmännchen, le marchand de sable, héros télévisé des bambins. Une atmosphère de «Good Bye, Lenin». On y voit une nation disciplinée, un système scolaire exigeant, des carrières idéalisées où l’infirmière gagnait autant que le professeur de physique. Les vacances enchantées derrière le rideau de fer, en Trabant sur les routes bulgares ou les fesses à l’air sur les plages naturistes de Rügen, célèbre station balnéaire.

«La nostalgie n’a jamais quitté certains, victimes d’une réunification mal vécue»

À côté de moi, un visiteur montrait des livres d’enfants de l’époque à sa petite-fille, je l’entendais soupirer: «Tu sais, c’était quand même bien mieux avant…» Témoin de cette «Ostalgie» qui n’a jamais quitté certains ex-Allemands de l’Est, victimes économiques d’une réunification mal vécue. Au point d’occulter les privations et les violations des droits fondamentaux mis en place par leur cher parti.

J’ai repensé à ma grand-mère, qui n’a plus jamais revu ses parents vivants, eux-mêmes régulièrement harcelés par les services de l’État après la fuite de leur fille. À son retour en ex-RDA après 1989 et à l’accueil glacial que lui ont réservé les nouveaux propriétaires de l’ancienne maison familiale, confisquée par le régime. J’ai pensé aussi à tous ceux qui, à l’image de ce soldat s’élançant par-dessus les barbelés en 1961, ont tenté, par les voies les plus inimaginables et au péril de leur vie, la fuite, le saut vers la liberté. Trente ans après la chute du Mur, ils méritent de ne pas être oubliés.

Créé: 20.09.2019, 06h52

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.