Les gremlins et Donald (Trump)

Carte blancheFrédéric Maire, directeur de la Cinémathèque suisse, nous parle du cinéma rattrapé par la réalité américaine.

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Les artistes sont souvent les meilleurs analystes du présent, et parfois même des visionnaires. La preuve? Alors que je regardais, mi-amusé, mi-effaré, la campagne pour les primaires présidentielles américaines et que je voyais Donald Trump jouer le va-t-en-guerre peroxydé boutant les islamistes hors des Etats-Unis, je me suis souvenu d’un petit film mal aimé réalisé en 1990 par le génial Joe Dante: Gremlins 2 : La nouvelle génération . Ce film annonçait déjà l’inexorable prise du pouvoir par Donald Trump…

Dante met en scène pour la deuxième fois le mignon Guizmo, qui, si on l’arrose, le nourrit après minuit et l’expose à une lumière vive, se multiplie et se transforme en une armée de monstres assassins et pervers (mais diablement jouissifs): les gremlins. Cette fois, l’action se déroule dans la très moderne et gigantesque tour d’un milliardaire, magnat des affaires et des médias, Daniel Clamp (incarné par John Glover); un personnage qui s’inspire très clairement de Donald Trump (et sa Trump Tower de 58 étages construite en 1983 à New York), du mogul des médias et fondateur de CNN Ted Turner.

Le bétonneur invétéré imagine alors de nouveaux projets plus verts et écolos…

Sorte de métafilm qui se moque de tout et en particulier du cinéma, où un gremlin dégomme un fameux critique qui n’a pas aimé le premier Gremlins et d’autres parodient de multiples scènes de films cultes (de Dracula à Rambo en passant par La tour infernale), Gremlins 2 apparaît comme un joyeux délire de gosse, profondément caustique dans sa dénonciation du capitalisme.

Le film annonce également la future carrière télévisuelle de Donald Trump. Si on l’entrevoit deux ans plus tard dans un caméo de Maman, j’ai encore raté l’avion, tourné au Plaza Hotel, il deviendra une figure récurrente de la télévision américaine à partir des années 2000 à travers sa participation à l’émission The Celebrity Apprentice.

Récemment, Joe Dante a reconnu que son film est «le premier anti-Trump de l’histoire du cinéma américain, bien que mon Trump soit plus sympathique que le vrai»! Et c’est exact: après avoir sauvé sa tour de l’invasion des gremlins, Clamp se rend compte de son avidité. Le bétonneur invétéré imagine alors de nouveaux projets plus verts et écolos… Un rêve de cinéma, bien évidemment. A travers sa chaîne de télé, Clamp diffuse une version colorisée de Casablanca, «avec une fin heureuse pour faire plaisir au public». Car il faut savoir s’adapter à toute situation.

Mais la réalité est bien plus sombre, comme nous le rappelle une autre image du film: Alors que les gremlins envahissent la Clamp Tower et détruisent tout sur leur passage, le milliardaire prend les armes et, avec ses agents de sécurité, se met à mitrailler ces redoutables envahisseurs venus d’ailleurs. Dans le film, la séquence est à mourir de rire. Mais, dans l’avenir annoncé par Trump, la scène pourrait se révéler nettement moins rigolote.

L’invité

Frédéric Maire

Directeur de la Cinémathèque suisse

Créé: 24.06.2016, 12h54

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