Grève pour le climat: les jeunes et la preuve par l’acte

L'invitéRené Knüsel observe que l'on demande aux écoliers et apprentis d'être plus sages que leurs aînés.

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Les remarques moralisatrices, dépréciatives, paternalistes, ont tenté de discréditer les jeunes dans la rue lors des grèves pour le climat. Dans les lettres de lecteur, sur les réseaux sociaux, des affirmations, souvent gratuites, visent à dénigrer les mobilisations de la rue.

Écoliers, lycéens, apprentis ne seraient pas en mesure de comprendre, ils seraient manipulés par des enseignants écolo-gauchistes qui auraient trouvé ce moyen pour déstabiliser nos démocraties.

La soudaineté, mais surtout l’étendue des manifestations surprennent et inquiètent. La surprise vient du fait que même dans nos rues, des enfants pourtant choyés ont osé braver l’interdit de prendre le public à témoin de leurs inquiétudes, et cela sur leurs heures de scolarité. Les directions scolaires et politiques ont montré leur impréparation qui, en décidant parfois de ne pas sanctionner, qui en menaçant, qui en infligeant des réprimandes.

L’inquiétude provient de la politisation de ces jeunes, embrigadés dans des formes de démonstrations publiques dont ils ne seraient pas en mesure de comprendre les enjeux. S’affirme ainsi la crainte de voir les manifestants gagner en masse les rangs des partis alternatifs, sur la base d’informations biaisées.

En somme, ces grèves n’auraient pas lieu d’être et elles ne seraient que des caprices d’enfants gâtés, crachant en quelque sorte dans la main de leurs bienfaiteurs.

Des commentaires plus récents s’en prennent aux comportements de ces jeunes échevelés qui auraient tout à montrer avant de scander leurs slogans et de brandir leurs calicots. Il leur est en particulier demandé de faire d’abord la démonstration de comportements responsables. Seraient-ils prêts à ne pas partir en vacances dans les paradis lointains? À renoncer à l’escapade d’une fin de semaine dans une capitale européenne? À refuser d’être transportés en voiture à l’école?

«Le défi de la rupture avec ce que les générations précédentes ont édifié comme culture de consommation»

Les exemples de dysfonctionnements sont cités à foison. Ils dénoncent en réalité des pratiques généralisées, desquelles les jeunes sont appelés à se distancier. On leur demande de relever, sans délai, le défi de la rupture avec ce que les générations précédentes ont édifié comme culture de consommation commune. Face aux irrationalités du passé, à l’origine de l’urgence climatique actuelle, les jeunes devraient se montrer raisonnables, voire sages, contre leurs aînés.

Cet appel à l’autocritique est déroutant puisque seuls les jeunes sont interpellés. Leur anxiété à devoir gérer demain les conséquences des indécisions actuelles est dès lors confirmée. Comment demander aux grévistes une preuve par l’acte alors que leurs aînés se montrent indifférents à leurs préoccupations?

Le défi du climat est l’affaire de chacun pour la vie de demain. C’est un effort de solidarité intergénérationnelle.

Créé: 25.06.2019, 07h04

René Knüsel, politologue.

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