Passer au contenu principal

Huis clos

Marc-Olivier Buffat juge que pour sortir de la crise, les solutions devront être collectives.

Dans l’incertitude actuelle, une chose est sûre: ce sera long et difficile. On ne surmontera la crise résultant de la pandémie actuelle qu’au prix de grands efforts, financiers, sociaux et économiques; personnellement et collectivement.

Les premiers bouleversements sont déjà perceptibles; les priorités politiques, économiques ou sociales renversées. Ils imposeront sans doute quelques sacrifices. Jusque-là, tout allait de soi dans une société de consommation, du tout, tout de suite et centrée sur l’individualisme.

Dans le huis clos que nous impose le confinement, les remises en question sont aussi subites qu’inévitables, voire douloureuses. Comme dans la pièce de Sartre, les masques tombent peu à peu. Frappé d’incrédulité, on se sent victime d’une forme d’injustice; on se sent plus ou moins concerné.

«L’interdépendance entre les nations, les liens qui unissent les individus les uns aux autres, notre besoin quasi permanent de contacts et d’échanges»

Si la peur est collective, la crise fait également de chacun de nous un potentiel bourreau, ce qui génère une certaine défiance, même involontaire, des uns vis-à-vis des autres. On est là «par hasard». L’enfer c’est (pour) les autres. Ce huis clos nous ouvre également les yeux sur l’interdépendance entre les nations, les liens qui unissent les individus les uns aux autres, notre besoin quasi permanent de contacts et d’échanges. La technologie du XXIe siècle ne suffit pas à combler ce manque. L’antidote aux épidémies n’est ni l’isolationnisme, ni la ségrégation, mais l’information et la coopération.

Dans ce combat contre la pandémie, il n’y aura pas de «superhéros». Il faudra faire preuve d’humilité, de dignité et surtout de solidarité. On ne s’en sortira que collectivement. Une reprise dynamique implique aussi de limiter les conséquences sociales du drame.

Comme dans «La peste» de Camus, il y a ceux qui sont dans le déni, qui refusent de voir la réalité en face et l’envahisseur tel qu’il se présente; qui fustigent la tardiveté des réactions des autorités pour mieux masquer leurs peurs ou leur absence d’anticipation. Or, l’anticipation est précisément le nerf de la guerre.

En perte de repères

En cette période de crise, les propositions font florès: ceux qui s’insurgeaient hier de l’interventionnisme étatique sont les premiers à solliciter l’aide de ces mêmes pouvoirs publics; les repères se perdent, les esprits s’échauffent et s’égarent. On assiste à une course de poulets sans tête pour être le premier à bénéficier des milliards mis à disposition par la Confédération notamment. La menace s’estompe? Déjà, on remet en cause la légitimité des mesures ou leur proportionnalité.

Mais au final, comme dans «La visite de la vieille dame» de Dürrenmatt, il faudra bien trouver une victime expiatoire: sans aucun doute, le contribuable.

Restons toutefois optimistes, et saluons notamment la forte résilience et réactivité de divers secteurs économiques pour inventer leurs systèmes de production ou d’approvisionnement, leurs méthodes de travail ou développer de nouveaux outils pour lutter contre la crise. À l’heure où l’on parle déjà de déconfinement et d’applications mobiles permettant de détecter les personnes à risque, il faudra aussi imaginer de solides garde-fous pour éviter l’émergence d’un big brother médical.

Comme l’a dit Sénèque: «La vie ce n’est pas d’attendre que l’orage passe, mais d’apprendre à danser sous la pluie.»

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.