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Une image toute en nuances de la Suisse innovante

Christophe Reymond commente une étude de la Haute École de gestion de Fribourg.

La Haute École de gestion de Fribourg a publié voilà quelques semaines une étude qui met à mal l’image de la Suisse innovante que nous aimons tant nous renvoyer. Quelques chiffres illustrent le phénomène. Seuls 6,9% des 2400 personnes interrogées envisagent de lancer leur entreprise, contre 10,5% en 2017. Cette appétence au risque est très inférieure à la moyenne des économies à revenus élevés, qui s’établit à plus de 17%. Parmi la jeune génération, seuls 2,2% des sondés âgés de 18 à 24 ans sont impliqués dans la création ou la direction d’une start-up. La différence avec le Canada (27,3%), les Pays-Bas (15,9%), les États-Unis (14,7%) ou l’Autriche (14%) est frappante.

Voilà qui ne correspond pas à l’impression qui nous berce depuis des années. Car notre pays figure dans le même temps en tête des palmarès internationaux s’agissant des brevets déposés en proportion de sa population. Mais on oublie que la moitié émane d’une dizaine de multinationales particulièrement dynamiques (Novartis, Roche, ABB ou Nestlé).

Ne constate-t-on pas une floraison de start-up à vocation technologique autour de nos hautes écoles? Certes, mais combien parviennent-elles à maturité sur le plan économique, soit à un stade où la vente de leurs produits ou services permet de dégager ce profit qui est le seul garant de la pérennité?

«L’examen des indicateurs de notre capacité d’innovation conduit à des appréciations nuancées»

À dire vrai, l’examen de tous les indicateurs censés attester de notre inventivité conduit à des appréciations nuancées. Le foisonnement de start-up représente une part (heureuse) de la réalité mais il ne dit pas tout. Notre marché indigène est minuscule et aller croître hors de nos frontières devient rapidement indispensable mais implique des ressources financières substantielles.

Les incubateurs, programmes d’accélération et autres encadrements proposés par toutes sortes d’acteurs publics et privés font miroiter la possibilité du succès, mais les licornes, ces nouvelles sociétés valorisées à 1milliard de francs, relèvent quasi de la légende.

À l’heure où le charisme et la décontraction de Steve Jobs ou de Mark Zuckerberg garnissent les rayons des librairies et illuminent les écrans des salles de cinéma, la réalité des créateurs d’entreprise se révèle moins romanesque. Elle se traduit souvent par des semaines de travail de plus de 60 heures, une course sans fin pour trouver des clients et des investisseurs, l’échec quatre fois sur cinq. Dans ces conditions, on comprend que le confort du salariat ne soit pas volontiers sacrifié au mythe du «tous entrepreneurs».

Raison de plus pour rendre hommage à toutes celles et tous ceux qui prennent le risque de se lancer. Et à toutes les entreprises bien établies qui consacrent une part de leurs ressources à développer et imaginer les moyens de se distinguer sur les marchés.

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