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L’immigration, bouc émissaire de l’écologie national-égoïste

Grégoire Gonin, historien, commente les liens entre augmentation de la population et climat.

La corrélation entre augmentation de la population et impact environnemental ne fait aucun doute. La question démographique est pertinente, mais lui donner une importance prépondérante gonfle sa valeur explicative, au risque de servir de paravent au désastre écologique, constataient Ian Angus et Simon Butler dans «Une planète trop peuplée?» en 2014. Ainsi, entre 1980 et 2005, l’Afrique subsaharienne et les États-Unis ont généré 18,5% et 3,4% de l’accroissement démographique mondial, mais 2,4% et 12,6% des émissions de CO2.

Comprendre, c’est compliqué, et c’est surtout compliquer l’équation de l’UDC entre immigration et écologie. Si la population suisse a crû de 6,7 à 8,4 millions entre 1990 et 2017 (+25%), les résidents étrangers passant de 1,1 à 2,1 millions, cela ne coïncide pas avec la hausse de 44% des émissions de gaz à effet de serre (la moitié réalisée à l’étranger) durant la période.

Le modèle économique (libre-échange, obsolescence programmée, publicité) et le niveau de (sur)consommation viennent plus aisément à bout du trompe-l’œil. Difficile, en effet, d’imputer aux immigrés une capacité de nuisance supérieure aux Suisses, qui touchent un salaire médian de 20% plus élevé (6808 francs contre 5893 francs) et affichent un taux de chômage nettement moindre (3% contre 9%). L’économiste Jean Gadrey calcule qu’en France un nanti émet quarante fois plus de CO2 qu’un pauvre.

«Comprendre, c’est compliqué, et c’est surtout compliquer l’équation de l’UDC»

Sur fond de crainte de la disparition de l’homme blanc, le discours écolo-xénophobe remonte à «La bombe P» de Paul R. Ehrlich (1968). À rebours des leçons de la colonisation et ses ravages, le biologiste voit en la pauvreté la cause, et non la conséquence, de la forte croissance démographique au XXe siècle. Or, dans des pays dépourvus d’assurances sociales, progéniture nombreuse égale source de revenus. Jusque dans les années 20, des familles à six enfants ou plus n’étaient pas rares dans le monde rural helvétique. Ex-Parti des paysans (1917), l’UDC oublie-t-elle sa propre histoire?

Pareille vision soulève surtout un problème éthique: seuls les nationaux des pays riches ont le droit de consommer beaucoup, quitte à plonger la planète dans l’abîme. Dans cette logique, mieux vaut «jeter par-dessus bord les passagers d’un bateau en perdition afin d’en assurer la flottaison», constate l’écologiste américain Barry Commoner en 1972. «Nous savons que notre mode de vie détruit la biosphère, mais n’avons pas l’intention de le modifier», dénonce son compatriote Carl Pope en 1998.

L’UDC brandit la carotte xénophobe pour mieux asséner à son électorat des coups de bâton ultralibéraux, sachant combien l’économie qu’elle prône a besoin de bas salaires. Haine de l’écologie, «écologisation» de la haine: l’étranger lui donne l’occasion de se renommer «Utilisation Détournée du Climat». On attend mieux du premier parti du pays.

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