Non à l’imprévoyance vieillesse 2020

L'invitéOlivier Feller estime qu'il faut voter deux fois non le 24 septembre.

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C’est formidable! Ce n’est pas Adolf Ogi qui parle mais Alain Berset: avec le magnifique projet de prévoyance vieillesse 2020 sur lequel nous voterons le 24 septembre, les rentes AVS seront augmentées de 70 francs par mois. Formidable, vraiment? Les Suisses seraient bien inspirés d’examiner attentivement les clauses du service après-vente.

Le supplément de 70 francs introduit de fait une AVS à deux vitesses. Cette mesure ne concerne en effet que les futurs retraités. Les retraités actuels n’ont droit à aucune augmentation de leur rente alors qu’ils verront leur pouvoir d’achat réduit avec l’augmentation de la TVA. Une mesure sociale, ça, alors que de nombreux retraités vivent modestement? Comment pourra-t-on justifier, dans quelques années, que des retraités âgés par exemple de 75 ans obtiennent 70 francs de moins par mois que des retraités de 74 ou de 73 ans? Cela deviendra tout simplement incompréhensible, ce sera perçu comme une injustice crasse.

Sous l’angle financier, l’AVS dépense davantage qu’elle n’encaisse depuis trois ans. Le déficit s’est élevé à 320 millions en 2014, à 579 millions en 2015, puis à 767 millions en 2016. Et la situation va continuer de s’aggraver. Dans ces conditions, il est insensé d’augmenter encore les dépenses de l’AVS en versant de façon généralisée 70 francs de plus par mois à tous les futurs retraités. Car cette mesure coûtera à l’AVS 1,4 milliard de plus en 2030 et 2 milliards de plus en 2035.

La prévoyance 2020 a pour autre conséquence d’alourdir les charges qui pèsent sur les travailleurs – par l’augmentation des cotisations sociales – et les contribuables. A l’extrême rigueur, on pourrait admettre, du moins en partie, ces nouveaux prélèvements obligatoires si ceux-ci permettaient d’assurer durablement l’équilibre financier de l’AVS. Mais ce n’est pas le cas. Dans quelques années, l’AVS sombrera à nouveau dans une grave spirale déficitaire. Au point que certains n’hésiteront plus à exiger une hausse de l’âge de la retraite à 67 ans pour tous. Ce n’est pas l’avenir que je nous souhaite.

Il est vrai certains milieux de l’économie, comme les assureurs, soutiennent le projet. Ils voient un intérêt direct à la baisse rapide du taux de conversion applicable à la part obligatoire du 2e pilier de 6,8 à 6% et à la diminution des rentes de 12% qui en résultera. Mais cela traduit un manque de vision globale des enjeux de la prévoyance vieillesse et, plus largement, des assurances sociales. La dette de l’assurance invalidité s’élève aujourd’hui déjà à plus de 11 milliards, celle de l’assurance-chômage à quelque 3 milliards. Et les réserves de l’assurance perte de gain ne cessent de diminuer. Dans ce contexte, il ne faut pas augmenter les dépenses de l’AVS mais garantir durablement le niveau actuel des rentes. (24 heures)

Créé: 11.09.2017, 10h58

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