L’information, la vraie, a un prix

L’invitéJacques Dubochet, Prix Nobel de chimie 2017, encourage à rejeter l'initiative «No Billag».

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J’appartiens à une université qui produit du savoir et qui est financée par l’argent public. À Stockholm, j’ai présenté la recherche qui nous a valu le Prix Nobel de chimie 2017 et j’ai pris un moment pour en discuter les conséquences probables. Je ne veux pas en rajouter une couche, mais «notre» cryomicroscopie électronique est devenue une méthode formidable.

Elle permet de voir plus facilement, et beaucoup mieux que précédemment, l’arrangement atomique de structures biologiques complexes et, ainsi, de se donner de bonnes chances de comprendre leur fonctionnement ou leur dysfonctionnement. La méthode n’a pas encore conduit directement à un succès médical ou technologique mais, soyons tranquilles, ça va arriver.

La science est bonne à créer de la connaissance. Elle est bonne pour tous et mérite notre soutien collectif. Elle doit donc pouvoir montrer son utilité à la société, communiquer ses résultats, exposer par quels processus complexes et hasardeux elle s’achemine, sur la longueur et dans les difficultés, vers une amélioration de notre savoir et de nos conditions de vie.

Comment préserver cette dimension collective, déjà soulignée par Alfred Nobel quand il déclarait que la science devait être utilisée «pour le profit de l’humanité»? Je suis inquiet. Si la cryomicroscopie électronique peut faciliter, par exemple, la mise au point prochainement d’un moyen pour lutter contre Alzheimer ou Parkinson, je vois déjà venir un solide brevet et le droit exclusif attribué ainsi à une firme ou à un individu, dont l’unique but sera de réaliser le maximum de profit personnel au détriment du «profit pour l’humanité».

Cela, hélas, n’est pas un cauchemar: c’est ce que l’expérience récente, avec des cas semblables, nous oblige à craindre.

Aïe! Ne sentez-vous pas la nécessité de mener une lutte vitale pour que la connaissance reste profitable à tous? Le danger qu’elle soit confisquée dans l’intérêt exclusif de quelques-uns existe bel et bien en ce monde extrêmement libre et mercantile.

Les médias financés sur nos deniers occupent une place de choix pour servir le public, non seulement en transmettant aux auditeurs et aux téléspectateurs des contenus attrayants sur les découvertes scientifiques issues du travail effectué dans les laboratoires et les universités, mais encore en informant, voire en alertant les citoyens sur l’usage qui est fait de ces efforts collectifs qui engagent toute la société.

L’information, la vraie, a un prix. C’est celui que nous voulons accorder à notre liberté et au moyen de la défendre. (24 heures)

Créé: 30.01.2018, 15h56

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