L’initiative sur l’or de la BNS est désastreuse

L'invitéLe président de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie, Bernard Rüeger, s'inquiète des conséquences de l'initiative «Sauver l'or de la Suisse».

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La Banque nationale suisse (BNS) a fait un travail remarquable depuis le début de la crise financière et économique de 2008. Elle a su intervenir au bon moment et frapper fort, en 2011, pour stopper net le renchérissement du franc face à l’euro. On peut affirmer qu’elle a sauvé l’industrie d’exportation, ce qui était essentiel lorsque l’on sait que la Suisse gagne un franc sur deux à l’étranger. La BNS a pu agir en toute indépendance. Sa crédibilité est restée à toute épreuve.

Si elle était acceptée le 30 novembre prochain, l’initiative trompeusement intitulée «Sauvez l’or de la Suisse» remettrait tout cela en cause. L’or de la Suisse n’est pas dans les coffres de la BNS. L’or de la Suisse, c’est le succès de son économie. Un succès qui s’explique en particulier par une saine gestion des finances publiques et une politique monétaire avisée. Faire déborder nos coffres-forts de lingots ne rapporterait rien à personne, conduirait à une pagaille sur le marché des changes et déstabiliserait notre économie. Qu’aurions-nous sauvé?

«Faire déborder nos coffres-forts de lingots ne rapporterait rien à personne»

Rappelons que l’initiative prévoit de rendre inaliénables les réserves de métal jaune de la Suisse. A quoi sert donc une réserve invendable? Deuxième obligation imposée par l’initiative: porter ces réserves à 20% du bilan. Sachant que l’or ne représente que 7% du bilan aujourd’hui, la BNS devrait payer des dizaines de milliards de francs pour remplir ses coffres. Une fois entreposés, les lingots fluctueront au gré des marchés. Contrairement à tous les autres actifs financiers, il ne rapportera jamais rien. Quelle entreprise, quel particulier se lierait les mains avec de telles contraintes dans la gestion de ses affaires courantes? Pourquoi un pays devrait-il le faire?

Si la BNS avait dû acheter continuellement de l’or, au fur et à mesure qu’elle achetait des euros en 2010 et 2011, elle aurait très certainement renoncé à agir, car cette contrainte l’aurait statufiée. Son interventionnisme actif sur les taux d’intérêt et les marchés des changes a au contraire permis d’éviter le pire. A l’exception de 2009, la Suisse a pu maintenir sa croissance tout au long de la crise. Le chômage est resté limité et se situe à des niveaux extrêmement bas en comparaison internationale. Au cours des cinq dernières années, le pays a pu continuer à réduire sa dette alors qu’elle explosait partout dans le monde.

Avec l’initiative «Sauvez l’or de la Suisse», les entreprises auraient dû licencier et délocaliser. La BNS aurait été «riche» en or, mais tout le pays se serait appauvri. Les comptes de la Confédération auraient rapidement plongé dans le rouge. Stop! La BNS doit absolument rester indépendante. Elle a déjà l’obligation constitutionnelle de garder des réserves en or dans ses coffres. Inutile d’aller au-delà. Non à cette initiative désastreuse!

Créé: 20.11.2014, 11h33

Bernard Rüeger
Président de la CVCI (Image: DR)

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