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L’insaisissable Pascal Jaussi vous cernait en un clin d’œil

Erwan Le Bec raconte sa rencontre avec le fondateur de Swiss Space Systems.

«Excusez-le, c’est un visionnaire. Un homme avec peu d’ego. Regardez quand il lève les yeux vers le ciel, vous comprendrez.» Voilà ce qu’un proche de Pascal Jaussi m’a glissé quand j’ai rencontré, en automne 2014, celui qui était alors considéré comme un génie et qui devait avoir son portrait en dernière page de «24 heures». Une sorte d’honneur pour un Vaudois, et surtout une pression énorme pour un journaliste stagiaire. Alors j’ai essayé de comprendre. J’ai scruté ses yeux, sa voix (assez haute en altitude) et ses mains qui mimaient sans cesse des manœuvres d’atterrissage.

Pascal Jaussi n’était pas seul. Il était accompagné d’un professionnel de la communication qui lui préparait d’ordinaire les réponses aux questions et qui faisait discrètement signe que le temps accordé par cet ingénieur au CV si impressionnant s’écoulait vite.

«Vous connaissez le film «L’étoffe des héros»? Bingo. Il connaissait toutes les répliques»

Pascal Jaussi avait déjà usé la moitié de la clepsydre en décrivant la navette, le projet SOAR, l’accès à l’espace à moindre coût: «Il y a une chance qu’on écrive une des plus belles pages de l’histoire de l’aérospatial.» Convaincant mais déjà entendu. De lui, il avait surtout parlé de son amour pour la fusée de Tintin. Facile.

Sur le reste, il abrégeait vite. «Mais alors attendez, vous parliez de faire médecine, et l’armée, et Swissair. Mais à quelles dates? En même temps?» Réponse: «Oui, oui. Parce que dans les sélections, ça passe bien. D’ailleurs quand j’étais à l’Institut de l’Aéronautique et de l’Espace…» Les sélections de quoi? Où ça? Aucune idée. On verra plus tard.

Le temps s’écoule. Alors on tente un truc. «Et le film L’étoffe des héros, vous l’avez vu?» Bingo. Il connaissait chaque dialogue, chaque scène et chaque appareil: «J’aime bien cette période de la guerre froide où on redessinait complètement des avions. C’est un esprit qu’on a un peu perdu, maintenant on fait plus du step by step. On modifie un peu l’aile, c’est tout. Mais il nous arrive d’échanger des répliques entre nous, du genre: «Tu me rendras mon chewing-gum plus tard.»

Bluffé, comme tant d'autres

Ouf. Peut-être bien qu’on arrivera à rendre humain cet ingénieur qui se livre finalement aussi peu que les autres. On enchaîne sur le X1, Chuck Jaeger, Mercury et Neil Armstrong. Tout ça dans ma Broye, derrière une porte à reconnaissance digitale et sur un sol en métal antirayonnement où trépignent une armada d’ingénieurs en blouson et Ray-Ban. Le temps imparti écoulé, on a été poliment raccompagné à la sortie, sans possibilité de rappeler pour une précision. Évidemment, j’ai titré sur L’étoffe des héros.

Quatre ans plus tard on en sait un peu plus sur une enfance difficile et le montage incroyablement dangereux de cette start-up qui a fait disparaître des millions de francs. Le proche qui me conseillait de regarder ses yeux est dans la liste des créanciers à l’Office des faillites de la Broye. Mais celui qui a deviné en deux secondes que L’étoffe des héros était mon film préféré, celui qui m’a eu comme un bleu, reste difficile à saisir.

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