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Comment nous inscrivons-nous dans l’histoire?

Le metteur en scène Guillaume Béguin s'exprime à propos de la crise théâtrale à Lausanne.

La récente polémique lancée par le comédien Jean-Luc Borgeat et relayée par 24 heures a eu au moins un mérite, celui de lancer le débat. Encore faut-il parvenir à l’identifier, ce qui n’est pas toujours aisé. Plusieurs contrevérités ont été dites, sur la proportion de créateurs suisses à Vidy (plus importante que sous l’ancienne direction), sur une opposition entre le théâtre où l’on dit un texte et celui où l’on performe, sur les classiques qui seraient soi disant bannis du théâtre au bord de l’eau, etc. Je n’y reviendrai pas.

Il est extrêmement difficile de percer et encore plus de perdurer dans le monde du spectacle. Et cela est parfois cruel et souvent injuste. Mais ce n’est pas la faute de telle ou telle programmation. Et il me semble stérile d’opposer telle ligne artistique à telle autre. Cela conduit souvent à caricaturer des démarches contrastées et plurielles. Je suis de mon côté très favorable à ce que les créateurs voyagent davantage d’un théâtre à l’autre, et que les équipes de chaque projet intègrent des artistes aux parcours et aux références contrastés.

Le débat devrait de mon point de vue se centrer sur les questions suivantes. De quels théâtres rêvons-nous? Comment nous inscrivons-nous dans l’histoire? Comment les arts de la scène peuvent-ils contribuer à inventer ce dont demain sera fait? Tout geste artistique cherche à faire bouger les repères pour permettre l’avènement d’un point de vue neuf. Si l’art ne remet pas en question le monde, et le regard que l’on pose sur lui, c’est qu’il est bien mal en point. Or, il est impossible de parler du monde d’aujourd’hui en rééditant le langage d’hier. Faire croire à une forme de permanence de l’art vivant serait non seulement malhonnête intellectuellement, ce serait surtout dangereux pour la survie même de l’art vivant.

Jean Vilar écrivait: «La création tue la création. La succession des choses élimine les choses. Le mouvement détruit. S’arrêter n’existe pas. La mer contemplée rappelle que la vie même des formes est cette naissance entraînant aussitôt à son déclin la forme précédente». Il avait raison. Et voilà pourquoi on ne peut plus mettre en scène comme le faisait Jean Vilar.

Alors cessons d’opposer les anciens aux nouveaux, ou les tenants du théâtre textuel à ceux qui en sont allergiques. Mais soyons vigilants. Veillons à ce que les rééditions soi disant modernes de performances obsolètes ou les mises en scène trop sages de textes inoffensifs n’envahissent pas nos plateaux. Veillons à éviter le confort artistique, qui consiste à refaire ce qui a bien marché, et la vanité, qui consiste à mettre en avant le non-sens des choses. Veillons surtout à réinterroger sans fin le monde, et la place que l’homme y prend. Veillons à trouver à chaque fois le moyen le plus riche de partager puissamment nos doutes, nos recherches et nos découvertes.

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