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L’interdiction de la mendicité: une bonne nouvelle?

Timba Bema commente le récent bannissement des mendiants du canton de Vaud.

L’interdiction de la mendicité votée par le Grand Conseil vaudois en 2016 est entrée en vigueur le 1er novembre 2018. Dans les faits, cette loi visait à nettoyer les rues de ces Roms qui y quêtaient leur subsistance. Désormais, Vaud ne fait plus exception, puisqu’il emboîte le pas à Genève, à Zurich, etc. Comme le reste de l’Europe, la Suisse renoue avec cette vieille tradition qui consiste à lutter contre les pauvres et non contre la pauvreté.

La Suisse a été fondée sur le christianisme, qui honore la mendicité puisque le Christ en vivait et la recommandait à travers la parabole des Oiseaux du ciel. À partir du Moyen Âge, la Suisse commence à interdire sur son territoire les mendiants étrangers, tandis que les mendiants internes disparaissent des rues grâce à l’assistance ou à cause de la répression.

Ce changement d’attitude va de pair avec l’émergence du capitalisme. Ainsi, lorsque la redistribution des richesses est favorable au capital, les pouvoirs publics ont tendance à réprimer les pauvres et à fermer les frontières. Dans le cas contraire, la politique sociale favorise l’assistance et l’accueil.

«Les pouvoirs publics refusent obstinément de mettre en cause la distribution inégale des richesses et s’attaquent plutôt aux pauvres»

La mondialisation du capitalisme s’accompagne de la destruction des écosystèmes et des sociétés, ainsi que de l’accumulation des richesses entre quelques mains. Alors que la production mondiale augmente, la part des plus riches croît plus que proportionnellement. La pauvreté ainsi fabriquée n’a pas d’autre choix que de refluer vers les zones d’abondance.

Dans le même temps, le capitalisme paupérise les employés des pays riches, les poussant à recourir de plus en plus à l’assistance. Or, les pouvoirs publics refusent obstinément de mettre en cause la distribution inégale des richesses et s’attaquent plutôt aux pauvres, comme le montre la récente votation sur le renforcement de la surveillance des assurés sociaux.

La Suisse s’imagine comme une enclave protégée des pulsations du monde par ses monts fiers et indépendants. Pourtant, elle a toujours été une actrice du capitalisme. Elle a été partie prenante de l’esclavage et de la colonisation. Actuellement, ses banques et ses places financières favorisent la circulation planétaire des investissements. Des entreprises s’installent sur son sol pour optimiser leur fiscalité. La Suisse ne peut donc pas s’exonérer de la pauvreté qui frappe à sa porte et sourd de sa cave: elle participe du système qui l’engendre.

En s’attaquant aux pauvres plutôt qu’à la pauvreté, les pouvoirs publics évitent de regarder le problème en face. C’est le fonctionnement de l’économie qui devrait être repensé et la distribution des richesses corrigée. Cela relève de l’urgence politique, puisque la survie de la démocratie en dépend. En se contentant de recourir aux expédients que sont le protectionnisme et la répression, on prépare le terrain à un raz de marée fasciste.

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