L’isolation extérieure est-elle la seule solution?

Carte blancheGiulia Marino, à propos des opérations d’«assainissement énergétique» de bâtiments construits au milieu du XXe siècle.

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Au moment où la loi sur le CO2 est en révision au parlement fédéral, on estime que 40% du parc locatif suisse a été réalisé entre 1945 et 1975, dans une période d’essor économique et démographique. Remarquable et accompli, ou alors banal et ordinaire, ce patrimoine de la grande échelle est aujourd’hui en transformation.

Face aux enjeux de la transition énergétique, des rénovations importantes de ces ensembles d’habitation sont à l’ordre du jour. Les impératifs d’amélioration de la performance thermique et de réduction des émissions de CO2 sont, bien sûr, légitimes et incontournables pour un secteur qui émet un quart des gaz à effet de serre.

«Ces interventions deviennent pourtant, dans la plupart des cas, un prétexte pour donner une nouvelle identité aux bâtiments»

Ces interventions deviennent pourtant, dans la plupart des cas, un prétexte pour donner une nouvelle identité aux bâtiments. Les résultats, avouons-le, ne sont pas toujours concluants. Des opérations d’«assainissement énergétique» lourdes et conduites à grands frais ? y compris en termes d’énergie grise ? sont très souvent élaborées selon une simple logique de «remise aux normes». Les qualités des bâtiments disparaissent derrière de nouvelles façades surisolées qui effacent le relief en façade et simplifient drastiquement la volumétrie du bâti. Par la pratique diffuse d’«emballage», une véritable transfiguration de la ville contemporaine se met silencieusement en place.

Au-delà des considérations d’ordre architectural ? voire simplement culturel par une «banalisation» généralisée de notre cadre de vie ?, cette attitude mérite d’être reconsidérée sans tarder, dans des opérations qui sont lourdes quant aux prévisions économiques. Peut-on raisonnablement viser l’excellence énergétique en demandant à un bâtiment existant, construit il y a quarante ans, de répondre aux performances extrêmement sévères de la construction neuve? La réponse est à nuancer.

Les recherches développées ces dernières années au laboratoire des Techniques et sauvegarde de l’architecture moderne de l’EPFL ont souhaité apporter quelques éléments de réflexion à ces enjeux. Prenons l’exemple de la restauration de la cité du Lignon, à Vernier (GE), dont la façade a été conservée tout en respectant les prescriptions légales. Cette expérience a été élargie à d’autres grands ensembles romands de la seconde moitié du XXe siècle. Les résultats de ces recherches sont chargés d’enseignements: la situation d’équilibre entre la préservation du cadre bâti (ce qui implique des interventions ponctuelles, conduites par l’intérieur) et celle de l’environnement (par une réduction importante des consommations) se situe généralement autour de 80-90% des valeurs légales, selon les techniques utilisées.

Les 10-20% manquant permettent de se conformer aux normes en vigueur et impliquent des stratégies de doublage extérieur lourdes et très destructrices, dont la faisabilité technique engendre une augmentation exponentielle des coûts pour une durée de vie équivalente.

Autrement dit, pour la même somme, vaut-il mieux rénover un bâtiment ou un ensemble de bâtiments qui satisferont à la norme, ou bien l’équivalent de trois bâtiments à 80 ou 90% de celle-ci? Le prix à payer pour cet «acharnement thérapeutique» au niveau de la sauvegarde du parc locatif d’après-guerre, mais aussi, plus prosaïquement, de l’investissement économique, apparaît disproportionné.

Un changement d’échelle s’impose donc, à travers une approche à la fois pragmatique et soucieuse du bâti, qu’il faudrait généraliser dans la pratique du projet dans le patrimoine existant, à considérer avant tout comme une ressource.

Créé: 13.12.2019, 18h00

Giulia Marino, architecte et chercheuse EPFL.

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