Karin Keller-Sutter, le retour des grands animaux politiques à Berne

La rédactionXavier Alonso commente la course au Conseil fédéral.

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Quand on se penchera sur le profil politique de Karin Keller-Sutter, on risque de la découvrir très à droite. La surprise? C’est que la favorite à la succession du siège PLR, celle qui lors de sa première course au Conseil fédéral avait souffert – surtout à gauche de l’Assemblée fédérale – d’une étiquette de «Blocher en jupe», n’a pas véritablement varié sur ses fondamentaux. Or l’image publique de la Saint-Galloise est désormais tout autre. Elle passe même pour être une facilitatrice de solutions avec le vieil ennemi qu’est le PS. Les deux sont vrais et ne sont pourtant pas antagonistes.

Karin Keller-Sutter reste une femme de droite. Notamment sur les questions sécuritaires et de la souveraineté. En revanche, elle jouit aujourd’hui d’un capital qui lui permet de construire des compromis politiques qui ne sont pas des reculades. Le bon négociateur, sous la Coupole fédérale, possède une colonne vertébrale et des convictions. Qui l’autorisent à comprendre ce qu’il cède afin de mesurer pleinement ce qu’il vient de gagner. Cette curieuse cuisine, inconnue dans de nombreux pays voisins, est le propre de la politique fédérale. La magie du système suisse, disent certains.

Mais cette recette, pour qu’elle ne débouche pas sur des tambouilles indigestes, doit être mitonnée par un collège fédéral fort. Idéalement composé de sept ministres, animateurs et interlocuteurs aux positions fermes, dotés d’un ADN trempé dans l’acier de leur famille politique et non frelaté par les compromissions.

À l’heure d’un Conseil fédéral faible, on se surprend à rêver d’un Exécutif fort. Micheline Calmy-Rey, Pascal Couchepin, Moritz Leuenberger, ou la démissionnaire Doris Leuthard étaient de cette facture. Authenticité partisane et compétence. Ueli Maurer aussi ne souffre pas de contestation sur son CV et son action, mais désormais son horizon politique est celui de son retrait. Tout comme Eveline Widmer-Schlumpf, qui malgré son divorce avec l’UDC est restée une politicienne bourgeoise conservatrice. Bref, le Conseil fédéral pour bien fonctionner a besoin que la droite soit de droite et la gauche soit de gauche.

Le gouvernement des bons gestionnaires doit s’effacer devant sept Sages, idéalement visionnaires, ou du moins qui fixent un cap et s’y tiennent. La Suisse a besoin d’un Exécutif qui donne des impulsions. Les dossiers en déshérence – de la relation avec l’Union européenne à l’inflation galopante des coûts de la santé – sont trop nombreux et trop préoccupants pour la majorité des Suisses.

Le système d’élection au Conseil fédéral a trop souvent poussé les partis à présenter des candidats sans relief. Et les adversaires à voter pour des personnes sans qualités particulières, sinon celle d’être inoffensives. Ce travers est supportable quand il n’aboutit pas à ce que la majorité du casting fédéral soit constitué de seconds rôles. Il est temps de faire à nouveau entrer des locomotives au Conseil fédéral. Et si l’élection de Karin Keller-Sutter était la première étape d’un retour des grands animaux politiques au Conseil fédéral?

Créé: 12.10.2018, 10h36

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Xavier Alonso, rédacteur en chef adjoint de la rédaction Tamedia.

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