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Lausanne ou l’invention de l’«uburbanisme»

Pierre Frey, Christophe Gallaz et Michel Thévoz s'insurgent: ils ne tolèrent pas la disparition programmée de l'église de la «Science chrétienne», avenue Sainte-Luce à Lausanne.

A Lausanne, l’inculture règne sous la culture proclamée. Les dégâts de la gauche et des Verts y sont plus exaspérants qu’en provenance d’une droite réputée plus familière de tels agissements. Hors quelques cas dûment médiatisés, ce binôme laisse détruire ou détruit tout ce qui compromettrait les processus immobiliers juteux et bétonnants — qu’il s’agisse d’une église recensée, de quartiers porteurs d’identité comme aux chemins de Pierrefleur et Boisy, ou d’une forêt du Flon plus vivante que toutes les Maisons du livre fétichisé. En 2006, le Plan général d’affectation communal a promu des droits dévastateurs. Qu’importent les géométries étriquées, le déséquilibre des masses et la nullité du résultat. Une sainte alliance en nourrit son règne. A sa tête marchent les politiciens roses et verts ânonnant le slogan creux qui les consacre en «bâtisseurs de logements», suivis par les promoteurs et leurs canonniers bancaires, leurs architectes en ouvriers de la dilatation volumétrique et leurs planteurs de thuyas.

Tout ce qui possède une once de valeur immatérielle ou patrimoniale incompatible y passe, y compris les arbres et les églises. Celle de Sainte-Luce à Lausanne, près de la Gare CFF, en sait quelque chose — comme en savent les mânes de l’architecte Jean-Pierre Cahen, auteur de réalisations toutes remarquables, qui fit d’elle son chef-d’œuvre en 1952.

Ce bâtiment, réalisé pour les fidèles de la «Science chrétienne», évoque le rationalisme scandinave sensuel illustré par Alvar Aalto ou Sigurd Lewerentz. Sa salle de prière ouvre sur un patio répondant au maillage orthogonal du quartier, tandis que la reprise de la pente environnante offre de quoi loger une bibliothèque et quelques services en dessous.

C’est pourquoi tous les observateurs attentifs n’ont cessé de réprouver la destruction de cet édifice au profit d’un projet «qui présente peu de qualités urbanistiques et architecturales», où la Centrale des autorisations en matière d’autorisations de construire (CAMAC) repère surtout l’intention d’«exploiter au maximum le potentiel offert par le Plan général d’affectation».

Or que fait le Conservateur cantonal des Monuments historiques en 2009? Au lieu de protéger l’église il flatte abusivement l’immeuble prévu sur ses ruines, ouvrant ainsi les voies du vandalisme officiel où s’engouffre évidemment la Municipalité cet été. Qui lève toutes les oppositions des citoyens mobilisés et des experts sérieux.

Ainsi va la politique de l’«uburbanisme» lausannois, pétrie d’inculture réelle et de violence autocrate, qu’il va falloir contester à la faveur des recours à venir et d’un débat public enfin déployé. C’est le vœu des soussignés.

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