De la légitimité de se mettre en grève pour le climat

L'invitéRené Knüsel se demande s'il faut blâmer les jeunes qui descendent dans la rue afin d'interpeller les décideurs.

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Collégiens, gymnasiens, apprentis en grève pour le climat! La belle affaire. Le ton courroucé de quelques politiciens ou lecteurs moralisateurs souligne bien l’importance de telles manifestations. Cette timide prise de pouvoir de la rue doit être mise en rapport avec l’inertie parlementaire témoignée par les élus.

Certes, la question de l’origine des changements climatiques doit être interrogée. Mais son évidence n’est pas contestable, à moins d’être dans la déraison ou la négation. Prétendre que seules les activités humaines sont la cause du dérèglement climatique est tout aussi peu crédible. Il ne fait toutefois pas de doute que l’Homme, par ses choix égocentriques, y contribue pour une part non négligeable.

«Que les esprits chagrins disent alors comment les jeunes doivent manifester leurs préoccupations et être entendus!»

Dans la rue, la jeunesse entend interpeller les décideurs à propos des impasses vers lesquelles nos décisions collectives conduisent. Les jeunes d’aujourd’hui seront encore là demain avec les conséquences des choix, des non-choix et surtout de l’incurie d’élus, arc-boutés sur des indicateurs économiques qui négligent complètement l’impact sur l’environnement.

Ces générations appelées à habiter le futur ont-elles tort de se mobiliser? Sont-elles dans l’erreur lorsqu’elles disent leur crainte, parfois leur effroi devant des choix déraisonnables? Peut-on les blâmer de chercher à discuter nos priorités?

Les slogans éculés qui voulaient que les étudiants étudient, que les travailleurs travaillent ont perdu toute crédibilité parce que justement les politiciens ne policent plus. Le moyen choisi est-il contestable? La grève en Suisse est illégale dans de nombreux esprits. Tout au plus vaut-elle comme arme de recours après l’échec de négociations. Et justement, face à la désinvolture affichée par nos élus à Berne, une voie alternative ne se légitime-t-elle pas?

Comment manifester ses préoccupations?

Le temps est venu pour les jeunes générations, auxquelles le pouvoir de participation électorale n’est pas concédé — elles n’ont pas le droit de vote — de tenter d’influer sur un débat qui leur échappe, mais qui les concerne au plus haut point. Sécher les cours pour manifester est un mode de faire qui peut se discuter; il pose problème à l’institution scolaire; il est susceptible de récupération. Que les esprits chagrins disent alors comment les jeunes doivent manifester leurs préoccupations et être entendus!

Il leur a été aussi demandé des preuves par l’acte. Orthodoxie et orthopraxie doivent aller de pair pour être cohérents. Sans doute. Mais l’essentiel est ailleurs. Il réside dans la nécessité d’une prise de conscience collective que notre manière de vivre hypothèque l’avenir. Cette mobilisation y contribue. Elle dérange et provoque des discussions. Tant mieux.

In fine, c’est de demain dont il est question; il sera alors trop tard pour agir.

Créé: 21.01.2019, 15h00

René Knüsel, politologue.

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