La liberté est un cadeau en même temps qu’un fardeau

L'invitéEnzo Santacroce commente la tendance des sociétés occidentales à réglementer les comportements.

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Dans une de ses Réflexions («24 heures» du 26 mars), M. Christophe Reymond emploie le terme de totalitarisme doux afin de définir cette tendance à normer les comportements dans nos sociétés occidentales, et ce dans différents domaines: santé, alimentation, mobilité.

En premier lieu, j’aimerais répondre que le totalitarisme, en tant que tel, n’a pas pu être complètement expliqué par Hannah Arendt elle-même, puisque, de son propre aveu, le totalitarisme, en référence au nazisme, représente une forme de dictature inouïe en ce sens qu’il était pensé de telle sorte à nier l’émergence de la vie elle-même, en choisissant artificiellement le type d’humains autorisé à naître et à vivre. Le nazisme avait en effet pour prétention d’incarner le destin lui-même, idée qui dépasse notre entendement. Fort heureusement, nous n’en sommes plus là de nos jours.

En second lieu, doutant de la pertinence de l’expression susmentionnée, je dirai que ma vision s’oppose à celle qui prétend que la recherche de limites diminue la liberté de l’homme. Celle-ci en est plutôt l’expression, dans la mesure où l’homme contemporain est, selon les termes de Jean-Paul Sartre, condamné à être libre, ce qui signifie qu’il doit sans cesse se positionner, se questionner, chercher sa voie dans la société sans qu’aucune autorité institutionnelle ne lui trace le chemin à suivre.

En réalité, la liberté, telle que nous la connaissons, est un cadeau en même temps qu’un fardeau. Cadeau, parce que la liberté nous ouvre le champ des possibles; fardeau, parce qu’à aucun moment nous ne sommes certains du bien-fondé de nos choix et de nos projets. Cela étant posé, il me semble important d’observer que les citoyens et les citoyennes de nos sociétés démocratiques cherchent, au travers d’injonctions tâtonnantes, voire contradictoires, à établir des principes d’action qui répondent à leur quête de sens dans un monde en constante évolution. En ceci, cette volonté de réfléchir aux règles du vivre-ensemble est saine.

En troisième lieu, faire le lien entre ce besoin de repères et la montée des populismes, comme le suggère M. Reymond, me paraît également discutable. Je partage son inquiétude de voir les discours populistes gagner en popularité. Toutefois, mon hypothèse est que l’attirance vers les extrêmes (de gauche comme de droite) est le symptôme de la peur que génère la liberté. Se prendre en main et se responsabiliser n’est simple pour personne. En instrumentalisant cette peur, les populistes adoptent la posture du repli et du rejet, laquelle, pensent-ils, rassure et protège le bien-être de tous. Or c’est cela le vrai danger: faire croire qu’une politique musclée nous débarrasse de l’effort de devenir quelqu’un et de s’engager dans la construction de la société.

Cette illusion est la niche où les politiques autoritaires se tapissent. Pour contrer ce mirage, il est de notre responsabilité de dire que la liberté incarne la promesse qu’une vie réussie est possible ici et maintenant.

Créé: 16.05.2019, 06h48

Enzo Santacroce, enseignant de philosophie,conseiller communal PLR à Épalinges.

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