Les limites de la liberté rédactionnelle

L'invitéOlivier Delacrétaz revient sur la photo de «Réformés» qui fait couler beaucoup d'encre.

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«Réformés» est l’organe officiel des quatre Églises réformées de Vaud, Genève, Neuchâtel et Berne Jura. Son dernier numéro a présenté un dossier de huit pages, intitulé Orientations sexuelles, accueillir la différence, qui a fait un certain bruit. En première (pleine) page, on voit la photographie de deux hommes nus et enlacés de façon à former une croix. Beaucoup de lecteurs l’ont mal pris, même s’il ne leur viendrait jamais à l’esprit d’exclure de l’Église une personne en raison d’une orientation sexuelle «différente».

C’est ainsi que la rédaction a reçu de nombreux courriels dénonçant sa volonté de provoquer, son indifférence à l’égard de certaines sensibilités, sa façon de sous-interpréter les textes bibliques contraires à ses présupposés, son attitude anti-œcuménique – la plupart des Églises restant attachées à l’interprétation traditionnelle des textes bibliques consacrés à la sexualité –, ainsi que sa théologie opportuniste, qui vise non à chercher ce que disent les Écritures pour le monde d’aujourd’hui, mais, à l’inverse, à aligner subrepticement leur enseignement sur les stéréotypes de la modernité.

Interviewé par le Matin Dimanche d’avant-hier, M. Gilles Bourquin, corédacteur en chef de Réformés, assume: «Le christianisme est vivant quand il dérange, interpelle et renouvelle l’expérience et la pensée.» Certes, une provocation peut débloquer une situation et déboucher sur un dialogue productif. Encore faut-il que le provocateur ne soit pas persuadé de détenir toute la vérité et ne prenne pas ses interlocuteurs pour des demeurés qu’il faut bousculer pour les faire réfléchir.

Or, aux yeux de M. Bourquin, «ceux qui se disent scandalisés sont soit traditionalistes, soit évangéliques», et «s’ils réagissent aussi vivement, c’est qu’ils se sentent appartenir à un monde ancien et menacé dans sa survie». Pour le surplus, estime-t-il, «le protestant a du mal à penser le corps». Quelle suffisance! Et si M. Bourquin se penchait un peu sur ses propres déterminismes psychologiques, en particulier ceux qui fondent son souci d’être si soigneusement conforme à la pensée dominante? Contrairement au titre de son dossier, la rédaction de Réformés ne semble pas prête à «accueillir la différence».

Le Conseil synodal de l’Église évangélique réformée vaudoise a publié une note déplorant, outre le choix de l’illustration, le manque de diversité dans les opinions exprimées et le refus de la rédaction de toute ouverture au débat. Il entend suivre l’affaire.

Le moins qu’on puisse exiger de la rédaction de Réformés, c’est qu’elle travaille dans le cadre fixé par les Églises romandes. Si elle refuse de plier sa liberté aux besoins et à la ligne de ses employeurs, il lui faut créer son propre journal pour y défendre ses propres idées à ses propres frais. (24 heures)

Créé: 05.02.2018, 18h08

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