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Madame Juliette Vernier, conseillère d’Etat

Nous lui avons demandé si elle renoncerait à son élection en cas de victoire. Et elle a répondu non, Juliette Vernier. C’est la candidate de la Grève du climat, que nous avons reçue mercredi avec ses trois concurrents, Guillaume «Toto» Morand (lui-même), Jean-Marc Vandel (preuve de l’existence du Parti Pirate) et Christelle Luisier (sans doute future ministre, dans la minorité libérale-radicale). Leur débat électoral est à lire dans nos pages.

Juliette Vernier élue? Vous n’y pensez pas, au vu du contexte! Et pourtant, théoriquement, elle le peut. C’est pour ça, d’ailleurs, que nous lui avons posé cette question. Sa réponse est-elle sincère? Allez savoir. De toute façon, si elle gagne, une assemblée de la Grève du climat devrait encore lui donner le feu vert pour siéger. Ou le feu rouge.

Et cette semaine, surtout, Juliette Vernier ou ses camarades ont obtenu divers soutiens auprès des deux partis qui ont fourni quatre des sept ministres actuels du canton, le Parti socialiste et les Verts. Pour comprendre ses scores – de bons à excellents –, il faut dépasser une simple lecture électoraliste. Ce n’est pas seulement parce que la progression des Verts aux fédérales a profité des mégamanifs qu’ils ont offert un score soviétique à Juliette Vernier, comme par gratitude. Et ce n’est pas seulement parce que les socialistes veulent éviter de stagner qu’ils ont failli oindre formellement de leur soutien la jeune candidate. Ensuite, il n’y a pas que l’influence des jeunesses des partis et de la gauche radicale, qui tous la soutiennent déjà. Enfin, l’objectif de vouloir dégrader le plus possible le score de Christelle Luisier ne suffit pas non plus.

«PS et Verts ont dit qu’ils approuvaient la Grève du climat»

Le comportement de chacun des deux partis est révélateur, aussi bien de leurs racines respectives que de leurs attitudes envers un mouvement à l’ampleur considérable et aux contours incertains. Mais le résultat est là: les Verts et les Roses ont, chacun à leur façon, dit qu’ils approuvaient la Grève du climat, tout en marginalisant Guillaume Morand.

Les socialistes d’abord, mercredi soir, ont décidé de ne recommander personne, à trois contre deux. Mais qu’importe: Juliette Vernier est la seule à avoir convaincu une forte minorité. Les socialistes n’osent pas couvrir de louanges un mouvement qui tente de vivre en dehors des institutions tout en se les coltinant. Le PS vit sa vie de parti institutionnel et ne peut pas trop s’écarter des règles du jeu de la démocratie. Cependant il appuie celle qui porte un vaste «programme» qu’il ne saurait rejeter sans dommage.

Les Verts, le lendemain, ont montré qu’ils n’avaient pas ces réflexes défensifs et qu’ils y allaient franchement. Ils ont beau être indispensables pour faire la majorité au Château, alliés de longue date des socialistes, les voici au coude-à-coude avec eux, forts de leur croissance électorale, mais conscients de l’inutilité d’une candidature de leurs rangs. Le petit frère à rattrapé la grande sœur. Il s’en affranchit quand il le peut. Presque neuf Verts sur dix ont ainsi levé la main pour Juliette. En applaudissant encore une fois la Grève du climat, les Verts réactivent l’esprit libertaire qui sommeille en eux. Ils vivent sans complexe une de leurs contradictions. Peu importe, d’ailleurs, puisque la Grève du climat se repaît de ses propres contradictions.

La Grève du climat a passé ainsi une partie de cette semaine à secouer le cocotier gouvernemental, au cœur de la démocratie qu’elle critique, et à entrer dans une forme de complicité avec ces deux partis. À moins d’une catastrophe ou d’un miracle, tout ce petit monde sait bien qu’on n’entendra jamais dire «Madame Juliette Vernier, conseillère d’État». En revanche, si aucune revendication importante du mouvement ne se réalisait vite, les signaux envoyés par les socialistes et les Verts cette semaine apparaîtraient comme de piteuses astuces politiciennes, qui désespéreraient encore un peu plus les grévistes du climat.

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