La mandarine, contre votre peau d’orange

Carte blancheà Sophie Michaud Gigon, à propos de créativité et de tromperie en matière de cosmétiques.

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Lorsque la Fédération romande des consommateurs (FRC) a choisi de combattre les substances indésirables dans les cosmétiques pour marquer ses 60 ans, je ne m’imaginais pas le monde merveilleux qui s’ouvrait à moi. Bien sûr, je savais qu’en utilisant dentifrice, crème, gel douche, déodorant, chaque jour à maintes reprises et toute ma vie, je m’exposais à certains risques si je ne prenais pas garde à la composition de mes produits de soin et d’hygiène. Ce que je mesurais mal, c’est à quel point la zone de créativité dans laquelle baignent fabricants et marketeurs semble planer au-dessus des lois. Parlons un peu des allégations qui colorent nos produits.

Selon la loi sur les denrées alimentaires et les objets usuels, dans laquelle les cosmétiques entrent, toute indication concernant ces produits doit être conforme à la réalité et ne pas induire le consommateur en erreur. La loi édicte des principes, notamment que les communications à caractère commercial – donc vendeuses – doivent être claires, précises, pertinentes et compréhensibles. Dans un même temps, la loi ne définit malheureusement pas de critères à remplir pour avoir le droit d’user de terme comme «naturel» sur les cosmétiques ou comme «artisanal» pour l’alimentation.

«J’aimerais qu’on me dise qui évalue si le consommateur est ou non induit en erreur!»

Selon la loi encore, les mentions clairement exagérées ne doivent pas être prises au pied de la lettre par le client. Ainsi, même si un cheveu ne peut être régénéré – parce qu’en vrai il est mort – rien n’interdit d’écrire sur l’emballage «Action au cœur de la fibre pour reconstruire en profondeur sa matière». Chacun doit savoir, aux yeux du législateur, que c’est trop gros pour y croire. Franchement, cette manière de se dédouaner doit être remise en cause, et la FRC s’y emploie. J’aimerais qu’on me dise qui évalue si le consommateur est ou non induit en erreur! Les chimistes cantonaux, nos autorités de contrôle, n’ont pas vraiment les moyens de savoir si telle ou telle allégation est conforme à la réalité.

Certes, le consommateur doit faire preuve d’esprit critique. Vous trouverez que je pêche par naïveté si je prends pour argent comptant la mention «À l’extrait de bois de chêne vieux de 250 ans, idéal pour les peaux fatiguées». Sans doute, je cultive certaines illusions et le besoin de rêver – et donc les responsabilités qui vont avec. Mais lorsque je lis «Efficacité anticarie prouvée» ou «Recommandé par les médecins», je crois réellement à la caution scientifique, et donc à l’efficacité du produit. Comment savoir que ces allégations ne reposent pas sur des bases d’expertise claires et précises?

«Clairement, le consommateur est induit en erreur»

De même, je suis persuadée qu’en achetant un article estampillé «95% naturel», je fais du bien à ma santé et à l’environnement. Qui va m’avertir qu’il n’y a pas de critères pour encadrer la définition de ce terme et que la composition du produit n’est pas forcément meilleure qu’une autre? Clairement, le consommateur est induit en erreur.

La FRC exige que le marché évolue vers des produits plus simples et que la politique pose le cadre nécessaire pour diminuer l’exposition de la population aux substances à risque, emboîtant ainsi le pas à l’Union européenne. Certes, l’application «FRC Cosmétiques» informe les consommateurs et leur permet de choisir aisément une alternative meilleure pour la santé, mais c’est à nos autorités de mettre de l’ordre dans ce Far-West. Que l’on puisse enfin cesser de dire tout le temps que le consommateur est perdu dans une jungle dont il ne sait comment sortir.

Créé: 25.05.2019, 07h48

Sophie Michaud Gigon, secrétaire générale de la Fédération romande des consommateurs.

L'appli

L'application FRC Cosmétiques permet d'obtenir instantanément la composition d'un produit.

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