Mangeons équitable mais sans verrouiller le marché

L'invitéFrédéric Borloz s'oppose aux initiatives sur l'alimentation équitable et la souveraineté alimentaire.

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Deux initiatives – on frise la surenchère – nous invitent à nous prononcer le 23 septembre prochain sur l’alimentation équitable et la souveraineté alimentaire. J’aimerais en priorité examiner l’initiative des Verts qui exige que les denrées obtenues en Suisse soient respectueuses de l’environnement, des animaux et produites dans des conditions équitables. Une telle initiative s’appuie sur beaucoup de bonne volonté et, en théorie, son intention reste louable.

Cependant, si l’on prend la peine de lire précisément ce que réclament ses partisans et ce qu’ils souhaitent faire figurer dans la Constitution, on ne peut que rester dubitatif. Derrière le principe d’aliments équitables, Les Verts veulent tout simplement verrouiller les importations, instaurer des exigences plus strictes, au mépris de toute considération pour l’intérêt commercial du pays et des échanges de la Suisse avec les pays voisins. La production d’aliments équitables n’a pas attendu l’initiative des Verts pour afficher une belle croissance. En cinq ans, les chiffres du commerce équitable en Suisse ont tout simplement doublé, passant de 340 millions à 664 millions. Qui dit mieux?

En outre, qui nous garantit que cette initiative défendra réellement le consommateur suisse? Ne risque-t-elle pas de produire l’inverse de ce qu’elle prône? En augmentant les prescriptions sur les importations et sur les conditions de production, il en résultera forcément une hausse des prix. Nous aurons alors bien des aliments équitables, mais à des prix inabordables… pour la plus grande majorité des consommateurs. Le souci principal qui m’habite face à cette initiative est le fait qu’elle ne tienne pas compte d’une réalité incontournable: la Suisse ne produit guère plus de la moitié des produits qu’elle consomme. Cela nous place inévitablement dans une situation de dépendance par rapport aux importations.

«En augmentant les prescriptions sur les importations (…), il en résultera forcément une hausse des prix»

En voulant imposer un tri féroce sur la nature des aliments que nous devons importer pour combler ce manque, les initiants prennent un très grand risque: celui de restreindre le choix dans notre alimentation. Or les chiffres le prouvent, les Suisses sont les champions européens de la consommation bio avec 275 euros dépensés par chaque habitant en 2016 pour ce type d’aliments. Ce n’est pas en inscrivant de nouvelles limitations dans la Constitution que nous encouragerons cette tendance, tout au plus provoqueront-elles des tracasseries administratives supplémentaires.

Encourager chacune et chacun à manger local, bio et équitable, reste un noble but et je l’approuve. Mais ne nous trompons pas de moyens: soyons plus créatifs qu’une énième initiative qui nous isolerait des pays voisins. Nous avons déjà approuvé la sécurité alimentaire, il y a une année, alors ne mettons pas en difficulté les paysans qui y contribuent, ni les consommateurs qui comptent dessus.

Créé: 19.09.2018, 07h10

Frédéric Borloz, conseiller national.

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