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Tout va bienManger, ensemble

«Nous ne nous asseyons pas à table pour manger, mais pour manger ensemble» écrit Plutarque à l’aube de l’ère chrétienne. Mais l’affaire était claire déjà pour les Babyloniens trois mille ans avant lui: le repas pris en commun, c’est l’expression fondamentale du lien entre les hommes, de la solidarité, de l’échange. La convivialité, ses gestes, ses usages, distingue l’humain de l’animal et fonde la civilisation. «Convivialité», «convive», du latin cum vivere, «vivre ensemble».

Je voyage ces jours au cœur d’un formidable pavé intitulé «Histoire de l’alimentation»*. Et j’y trouve, documentée et développée, la confirmation de ce qui me saute aujourd’hui aux yeux et au cœur: manger ensemble, c’est le sel de la vie. La dimension collective du repas constitue une valeur en soi, essentielle dans une société. Ou, pour le dire autrement: faire son pain, c’est bien, mais s’il n’y a personne avec qui le partager, c’est d’une tristesse abyssale.

Dans ce livre, historiens et anthropologues expliquent que de tout temps, c’est le partage qui a importé, avant la composition du repas. Un morceau de pain et un gobelet de bière suffisent pour sceller un contrat chez les Sumériens. Et même chez les Romains, le repas est généralement bien plus frugal que dans l’imagerie obélixienne dominante. «Prendre place à table entre amis, parce qu’ils ont une communauté de vie», c’est la définition du convivium par Cicéron. Le menu, on s’en balance. L’essentiel, ce sont les amis.

Si, ensuite, toujours dans ce bouquin, je parcours la fascinante histoire des établissements publics, la même priorité me frappe: la convivialité précède la gastronomie. Et de plusieurs millénaires même puisque le premier restaurant n’apparaît qu’au XVIIIe siècle. Les ancêtres du bistrot –auberge de grand-route ou taverne des ruelles– existent, elles, depuis la nuit des temps. Ce sont des lieux où l’on boit beaucoup, où l’on se sustente sommairement et où éventuellement on s’offre d’autres frissons. Des lieux populaires puisque les riches, jusqu’à récemment, ont mangé, bu et dormi les uns chez les autres. Mais aussi des lieux attirants, denses de bruit, de sueur et de pulsations humaines, où ces mêmes riches ont, de tout temps, aimé entrer en douce pour s’encanailler…

Mais pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça? Eh bien, pour parler d’autre chose. Je tenais beaucoup, en cette veille du 11 mai 2020, à parler d’AUTRE CHOSE. Bon d’accord, j’ai lamentablement échoué. La prochaine tournée est pour moi.

* Sous la direction de Jean-Louis Flandrin et Massimo Montanari, Fayard, 1996.

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