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Les Mapuches du Chili, tués ou «pacifiés» dans l’impunité

Anne Lavanchy dénonce la criminalisation des revendications autochtones par les autorités chiliennes.

Ce mercredi, place de la Palud à Lausanne (18 h 30), sera commémorée la mort de Camilo Catrillanca, survenue dans la communauté de Temucuicui, au sud du Chili, le 14 novembre 2018. Ce jeune agriculteur mapuche, papa d’une fillette de 4 ans, a été abattu de plusieurs balles dans le dos alors qu’il rentrait son tracteur; le mineur qui l’accompagnait a été molesté et arrêté, avant d’être relâché.

Le nom de Camilo Catrillanca s’ajoute à la liste tragique des jeunes Mapuches tués – à ce jour en toute impunité – par les forces de l’ordre chiliennes, en l’occurrence le commando «Jungla», formé en Colombie et aux États-Unis.

«Les revendications mapuches touchent à la mémoire de l’État-nation chilien»

Lors de sa campagne, l’actuel président du Chili, Sebastián Piñera, a promis de mettre sur pied un «plan de paix sociale en Araucanie». Le choix des termes n’est pas anodin: l’Araucanie, l’une des régions australes où vivent les Mapuches, le principal peuple autochtone au Chili, a été marquée à la fin du XIXe siècle par la mal nommée «pacification», une entreprise militaire de colonisation et de génocide.

Si elle intervient dans ce contexte, la mobilisation des forces Jungla s’inscrit surtout dans la lignée d’une série de dispositifs policiers mis en place par les différents présidents depuis le début des années 2000, et ce, quelle que soit leur orientation politique. L’actuelle haut-commissaire pour les droits humains, Michelle Bachelet, ne s’est malheureusement pas distinguée puisque, durant ses deux mandats (2006-2010 et 2014-2018), elle aussi a appliqué à l’encontre des Mapuches la loi antiterroriste instaurée durant la dictature du général Pinochet.

Les revendications autochtones sont criminalisées au Chili, pays extrêmement centralisé ne laissant qu’une place infime à des manifestations de diversité linguistique, culturelle et sociale. Les partis politiques pourtant très polarisés se rejoignent pour qualifier de terroristes les demandes mapuches – reconnaissance de la dette historique contractée par le pays lors de la conquête militaire, droit à l’autodétermination, récupération des terres monopolisées par quelques grands propriétaires terriens et entreprises forestières internationales.

Des inégalités extrêmes

Prospère économiquement, le pays connaît aussi des inégalités socio-économiques extrêmes, qui tendent par ailleurs à s’accroître. La surreprésentation des Mapuches dans les catégories de pauvreté et d’extrême pauvreté rend compte des processus d’exclusion et de paupérisation qui les affectent.

Pourtant, la question économique est secondaire: les revendications mapuches touchent à la mémoire de l’État-nation chilien, qui nie sa dette historique envers les peuples autochtones, refuse tout dialogue sur l’autodétermination et entretient des mécanismes structurels d’exclusion et de discrimination. Autant de manières d’attiser une violence étatique ancrée dans l’amnésie collective, dont, malheureusement, il est peu probable que Camilo soit la dernière victime.

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