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Pour Maudet, démissionner s’avère tout sauf facile

Démissionner serait la solution de facilité. C’est la ligne de défense de Pierre Maudet, celle qu’il a martelée sur le plateau du 19 h 30 de la RTS, mardi dernier. Le buste droit, le regard figé, le conseiller d’État genevois y a mis toute la conviction nécessaire. On a pourtant de la peine à le croire. Tout indique au contraire que cette démission, réclamée de toutes parts, est la décision la plus difficile qu’il ait jamais eue à prendre. Pourquoi? Parce que le magistrat brillamment réélu, l’enfant prodige du PLR, a tout à perdre s’il quitte le navire. Une carrière au succès fulgurant, le pouvoir, des ambitions fortes pour son canton et son pays. Il y a six mois encore, rien ne semblait pouvoir arrêter Pierre Maudet. Alors il s’accroche. Face à Darius Rochebin, il affirme sans sourciller: «J’ai l’intime conviction d’être innocent.»

Le conseiller d’État fait un pari risqué: la justice, qui le poursuit pour acceptation d’un avantage à la suite de son voyage faussement privé à Abu Dhabi, finira par le blanchir. Il pense qu’elle passera l’éponge sur l’énorme mensonge qu’il cherche aujourd’hui à «rattraper» – ce prétendu ami libanais qui aurait financé ce séjour en 2015. Donc Pierre Maudet joue la montre. Il se braque, reste sourd aux appels des dirigeants de son parti. Et s’en remet à sa base électorale, ces citoyens genevois qui, il en est persuadé, lui sont restés fidèles. «J’ai fait mon examen de conscience», jure-t-il, avant d’assurer que les contribuables n’ont «jamais été lésés» par son comportement.

Cet exercice de contrition et de transparence forcée n’efface cependant pas les soupçons. Interrogé sur les cotisations payées par des tiers, qu’il aurait déduites de sa propre déclaration fiscale, Pierre Maudet refuse de répondre. Il esquive ce point crucial en indiquant qu’il a transmis tous les éléments aux autorités compétentes. Mais s’il n’a rien à se reprocher de ce côté-là, n’aurait-il pas été plus simple de dire les choses clairement?

Ainsi, jour après jour, le malaise grandit autour de cette affaire. D’aucuns suspectent le quadragénaire Pierre Maudet de viser à tout prix la confortable rente à vie qui lui est promise s’il reste en fonction jusqu’à l’été prochain. Mais l’enjeu dépasse de beaucoup sa seule personne. À Genève, ses collègues du Conseil d’État ont beau répéter que les institutions continuent à fonctionner, on imagine sans mal la paralysie qui guette un Exécutif dont le leader est devenu un poids mort. Et à l’échelon fédéral, cette crise politique devenue nationale n’augure rien de bon pour le PLR à l’approche des élections de l’an prochain.

Les dégâts d’image sont déjà, à n’en pas douter, considérables. On comprend dès lors l’agacement de tous ceux qui souhaitent voir le magistrat Maudet débarrasser le plancher. En jouant son avenir personnel à quitte ou double, l’intéressé fait le choix de laisser pourrir la situation. Il estime que le jeu en vaut la chandelle. Mais c’est un jeu dangereux, où abandonner s’avère tout sauf facile.

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