Mécanisme de solidarité, l’inacceptable hypocrisie

L'invitéFrançois Brélaz critique les récentes décisions en matière de gestion de la migration.

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La migration de personnes en provenance du Sud, notamment d’Afrique, vers l’Europe ou les États-Unis, va durer encore des décennies… La faute à une natalité exponentielle notamment dans le Sahel, car dans certains pays la moitié de la population a moins de 15 ans et les perspectives professionnelles sont minces voire nulles. Par exemple, de l’an 2000 à aujourd’hui, la population du Burkina Faso a progressé de 12 millions d’habitants à plus de 20. Les gens vivent essentiellement de l’agriculture, et même la réhabilitation de terres dégradées en terres cultivables ne suffit pas.

Vu l’afflux de migrants en provenance de Libye et face à une Europe timorée, l’ancien ministre de l’Intérieur italien Matteo Salvini a fermé les ports et obligé l’Union européenne (UE) à sortir de sa léthargie. Actuellement, l’idée de l’UE est la création d’un mécanisme de solidarité pour une répartition mathématique des migrants dans les pays d’Europe. Toutefois cette répartition ne s’appliquerait qu’aux migrants arrivant en Italie et Malte par des navires appartenant à des compagnies maritimes ou des ONG, mais ne concerne pas ceux qui arrivent par leurs propres moyens à bord de canots pneumatiques.

«Il est inadmissible de favoriser des migrants économiques au détriment de victimes de guerre»

D’autre part, le mécanisme de solidarité ne s’applique pas aux personnes arrivant en Espagne, en Turquie ou en Grèce et c’est inacceptable. Les personnes qui viennent du Sud sont dans la quasi-totalité des migrants économiques alors qu’en Grèce et en Turquie ce sont des victimes de guerre ou du terrorisme. En Grèce par exemple, le camp de réfugiés de Moria, sur l’île de Lesbos, prévu pour 3000 personnes, en accueille 12 000. La Turquie compte 4 millions de réfugiés, pour la plupart Syriens, mais il y a aussi des Afghans et des Irakiens.

Il faudrait une solution européenne mais les États sont très soucieux de leur souveraineté et les modalités d’accueil très différentes; par exemple un Afghan a 80% de chances d’obtenir l’asile en France contre 40% en Allemagne.

D’autre part, et surtout pour la Suisse, l’immigration doit être choisie et non subie. Chaque pays doit pouvoir décider qui il accepte et qui il refuse. Dans notre législation, l’immigration économique n’est pas prévue. Le 8 octobre 2019 s’est tenu à Luxembourg une énième réunion des ministres de la Justice et de l’Intérieur des États Schengen sur la problématique migratoire. La Suisse était représentée par Mme la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter, qui a pointé le scepticisme de la Suisse à l’égard du mécanisme de solidarité, provisoire en attendant une refonte des Accords de Dublin. Mme Keller-Sutter a également annoncé que la Suisse a décidé d’accueillir ces deux prochaines années un contingent annuel de 800 réfugiés reconnus par le HCR.

Créé: 07.11.2019, 06h51

François Brélaz, ancien député UDC

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