Non les mecs, vous n'avez toujours rien compris!

La rédactionSébastien Jubin rappelle l'importance de la lutte contre les violences faites aux femmes.

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«Ouais, ben c’est bon les meufs, je crois qu’on a compris maintenant!» Cette «petite» phrase, tout droit sortie de la bouche d’un groupe d’adolescents de 15 ans, observateurs niais, lors d’une récente manifestation à Lausanne contre les violences faites aux femmes, a de quoi faire sortir de ses gonds. Je ne suis pas de ceux qui mettront ces propos sur le compte de l’arrogante et/ou imbécile adolescence. Car c’est grave. Si des slogans forts comme «Ras le viol» ou des portraits de femmes tuées sous les coups ne vous émeuvent pas ou ne vous mettent pas en colère, on a un sérieux problème.

Alors il faut rappeler, encore et encore, les faits. Ces chiffres qui doivent faire honte à la Suisse et à tous ses habitants. D’après les données fournies par le Conseil fédéral au mois de novembre, en 2018, la statistique policière de la criminalité a enregistré un niveau de violence domestique jamais atteint avec 18'522 cas, soit près de 1500 de plus que l’année précédente (+8,8%!). Sur les vingt-sept personnes décédées des suites de ces violences, vingt-quatre sont des femmes.

La Suisse se retrouve ainsi l’un des pays d’Europe avec, proportionnellement, le plus grand nombre de violences recensées. Une femme sur cinq est touchée par les violences sexuelles au cours de sa vie tandis qu’une femme sur trois subit du harcèlement sexuel au moins une fois dans son parcours professionnel. Tout cela, c’est officiel. Il est primordial de souligner que seuls 8% des Suissesses victimes portent plainte contre leurs bourreaux.

Selon Amnesty International, la définition des agressions sexuelles dans le Code pénal helvétique est obsolète et décourageante. Elle ne tient compte que des violences sexuelles exercées avec un moyen de coercition: armes, menaces, pression psychique. Sans cela, le droit actuel ne punit pas l’acte en tant que «viol» ou «contrainte sexuelle». L’organisation vient de déposer une pétition paraphée par 35'000 personnes à Karin Keller-Sutter, la conseillère fédérale en charge du Département de justice et police.

Au-delà des violences physiques, il y a toutes ces petites phrases assassines, sexistes. Ce sexisme s’immisce partout, dans toutes les professions, tous les arts, jusqu’au plus haut niveau des pouvoirs. Malgré une prise de conscience depuis l’affaire Weinstein et le mouvement #Metoo, il y a encore du boulot pour une ou deux générations.

Les gars, vous nous le rappelez de la plus triste des manières en commentant cette manifestation pacifiste qui ne poursuivait d’autres buts que de montrer l’union et la détermination pour dénoncer les violences et briser le silence «pour celles qui ne peuvent plus parler». Parce que dit simplement: il est trop tard.

Donc non, les keums, vous n’avez pas compris. En fait, vous n’avez rien pigé du tout. Et on va continuer à vous le redire pour qu’un jour on ose y croire, parce qu’on est du genre optimiste, ça rentre dans vos p’tites têtes.

Créé: 06.12.2019, 06h51

Sébastien Jubin, rubrique Suisse.

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