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Message d’un lézard à «Monsieur Daniele»

Je revenais l’autre jour d’une balade dans les vignes de Lavaux, au-dessous de Chexbres. J’avais aperçu au loin l’arène sur la Grande Place à Vevey, et tout près, à chaque pas, sur les murs de pierres, des dizaines de lézards des murailles de toutes tailles que je m’étais amusé à observer. Les petits, les grands, les moyens, les vieux, les bébés, les amputés de la queue: tous ont une énergie incroyable qui m’a fait penser à celle offerte avec constance et générosité par les acteurs-figurants de la Fête.

Juste au moment où je quittais la vigne, j’ai vu – ce n’est pas un rêve, regardez la photo ci-dessus – plusieurs lézards surgir du sol, d’une sorte de tapis longeant le terrain de basket. Ils restaient là, dressés, attentifs, comme des spectateurs regardant un match de tennis. C’est alors que l’un d’entre eux m’a parlé.

Il m’a dit: «Philippe, toi qui as la chance de t’exprimer dans le journal, peux-tu transmettre un message à M. Daniele Finzi Pasca?» Quand un lézard des murailles vous regarde, il y a dans ses yeux le velouté des yeux de Greta Garbo, d’Audrey Hepburn, d’Humphrey Bogart, la profondeur de Gérard Depardieu, et la force de conviction de Louis de Funès quand il manipule Bourvil dans «La grande vadrouille» (scène des chaussures trop petites). Donc je n’ai pas résisté.

«Nous sommes de vrais tâcherons, et… on nous oublie dans le spectacle»

Je lui ai demandé ce qu’il avait à dire. Il m’a répondu: «Voilà, on voudrait expliquer à Monsieur Daniele que nous sommes un peu tristes. Nous, les lézards des murailles, nous vivons dans les vignes d’ici depuis des siècles, nous grimpions déjà, pour les faire rire, sous les soutanes des moines qui travaillaient le coteau, nous mangeons les pucerons ravageurs avec une fidélité absolue aux vignerons, nous sommes de vrais tâcherons, et… on nous oublie dans le spectacle. Il y a des fourmis, des sauterelles, des étourneaux, des coccinelles, et j’en passe, mais pas nous. Tu peux lui dire cela?»

Je peux. Ils ont raison, les lézards, ils sont un peu les artisans des vignes oubliés de la Fête dont ils devraient être des personnages en lumière. Quand je leur ai dit «oui, oui chers lézards, je ferai la commission», j’ai vu leur cœur minuscule battre plus vite sous leur jolie peau de soie. Puis, alors que je les quittais, ils m’ont lancé, d’une seule voix, comme un petit chœur dans l’arène: «Philippe, tu ne serais pas d’accord de nous prendre dans ta poche pour le prochain spectacle, plutôt de jour et au soleil, pour nous. Et de nous emmener dire bonjour à Daniele? Allez, allez, dis oui…» On verra. Mais s’ils me regardent encore dans les yeux, je ne résisterai pas.

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