Mettre fin au «consentement» pour renverser le patriarcat

L'invitéGrégoire Gonin, historien, analyse les soubassements de la domination masculine et des violences «ordinaires».

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Politiciens, sportifs, écrivains, cinéastes… et (tous) les autres? Les scandales médiatiques ajoutent une pierre supplémentaire à la pyramide sexiste (d)énoncée de longue date par les historiens et les sociologues, mais la focalisation sur l’homme blanc de pouvoir ou son double inversé (l’étranger, l’Arabe, le Noir) occulte la banalité du mâle de proximité et les violences ordinaires.

Déconstruire les soubassements de la domination masculine passe par l’examen critique du consentement qui, même explicite, ne signifie pas volonté, l’acquiescement impliquant une relation dissymétrique. Le rapport de pouvoir, fréquemment constaté entre deux personnes, rend caduques l’égalité et la liberté théoriques devant l’acte sexuel, qui tend à prendre des formes coercitives passé l’accord initial sur le fond. L’un propose (et dispose), l’autre su(b)it. Inégalité historique: s’appuyant sur une biologie sexiste (l’assaut du gamète mâle sur l’ovule pensé à tort impassible), la société distingue dès la fin du XVIIIesiècle citoyens actifs et votants (masculins) et passifs (féminins).

La sociologue Kathleen Basile distingue les facteurs de consentement. D’une part, la peur de la colère ou de la violence: «C’est plus facile que de se disputer», «Je ne sais pas ce qui va se passer», ou «Je sais ce qui va se passer» en cas de refus. De l’autre, la satisfaction sexuelle du partenaire: «Non voulu se transforme en voulu», ne pas «casser l’ambiance» ou «C’est mon devoir». L’homme, lui, perçoit généralement la non-envie (y compris non verbale) de sa compagne.

«L’éducation encourage les garçons à prendre des risques exigeant leur satisfaction immédiate»

Dans un ouvrage magistral («Une culture du viol à la française», 2019), Valérie Rey-Robert pense les agressions sexuelles de manière systémique, loin du stéréotype de pulsions individuelles et propres à une «nature» masculine freudienne aux «besoins» irrépressibles. L’éducation encourage dès l’enfance les garçons à prendre des risques exigeant leur satisfaction immédiate, et les filles à «faire plaisir à l’homme» (Rousseau). L’éthique du care provoque chez la femme un conflit de loyauté; de même qu’elle consent à la vaisselle sans désir, doit-elle être au service (sexuel) du conjoint ou dénoncer ses outrages?

Que faire? D’abord pointer une justice masculine, dissuasive (seules 8% des victimes portent plainte, en vain) et restrictive: le Code pénal n’admet le viol qu’en cas de menace ou de violence, en apparence inexistantes dans les rapports consentis mais non désirés. Ensuite remettre en cause le patriarcat qui, via le travail domestique gratuit, place les femmes en état de dépendance (économique et affective) et les constitue en objets de désir. Mode, publicité, prostitution et pornographie y concourent également. Se pencher, enfin, sur la sexualité normative, jusqu’à son utilité même (du sexe pour qui, pour quoi?), et inciter les hommes à penser et agir «Au-delà de la pénétration» (2019), selon l’essai salutaire de l’écrivain français Martin Page.

Créé: 26.02.2020, 06h44

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