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Elle était mieue avant

L'Association des étudiants en médecine de l’Université de Lausanne (AEML) devient l’Association des étudiantes en médecine. Son président, Monsieur la présidente. L’assemblée générale des futurs toubibs a voté le putsch linguistique: non seulement, dans les textes émis par l’AEML, le masculin ne l’emporte plus au pluriel. Mais aussi, tous les titres et fonctions seront désormais féminisés («24 heures» du 24 mai).

Pour lutter contre le fléau du plafond de verre, qui affecte l’AEML elle-même, il y avait peut-être des mesures plus pertinentes. Au hasard: élire une femme à la présidence?

«Monsieur la présidente», c’est rigolo. Ça a le mérite de mettre le doigt sur l’incongruité des «Madame le ministre» et autres «Madame l’ambassadeur», qui, longtemps, n’ont pas suscité l’ombre d’un haussement de sourcils, épilés ou non. Mais bon. Pour lutter contre le fléau du plafond de verre, qui affecte l’AEML elle-même, il y avait peut-être des mesures plus pertinentes. Au hasard: élire une femme à la présidence? Je dis ça comme ça.

Ce qui m’énerve pour de bon, ce sont certains arguments des opposants à la règle selon laquelle, au pluriel, le masculin l’emporte. Prenez Eliane Viennot, auteure de Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin! Cette dame affirme sans broncher qu’aucune autre langue romane ne connaît ladite règle. Mauvaise foi ou ignorance? De la part d’une professeure de littérature, c’est léger.

Tenez, en italien, c’est comme en français. Ce qui a amené le vieux crooner Adriano Celentano à écrire à Mina – autre star iconique des années 1970 – le mail suivant pour son anniversaire: «Tout le monde nous casse les couilles, mais toi et moi, on sera toujours les meilleures.» Tendresse, humour, légèreté: c’est tellement plus zazou qu’une leçon de grammaire bidon.

Eliane Viennot dit aussi que le latin lui-même ignore ladite règle. Que dans la langue de Cicéron, l’accord se fait avec le substantif le plus proche (accord de proximité). Que sous-entend-elle par là? Que c’était mieux avant. Et comme l’intolérable domination du masculin dans la langue reflète le sexisme dans la société, nous sommes invités à regretter le temps béni du pater familias qui, comme chacun sait, était un apôtre de l’égalité des sexes. Cette manière de convoquer un passé idéalisé pour se convaincre que tout va de mal en pis, c’est… une vieille histoire, je sais. Mais quelle plaie.

J’ai vérifié. L’accord de proximité en latin existe, mais reste une exception, dans les phrases particulièrement longues. Quand on parle d’un groupe comprenant des hommes et des femmes, c’est au masculin. Lequel fait en l’occurrence office de neutre, un genre qui a disparu. Pourquoi le neutre a-t-il fusionné avec le masculin et pas le féminin, direz-vous? Parce qu’il était plus proche du premier, phonétiquement et grammaticalement. «Templum» devient «templus» et pas «templa», aussi parce qu’au datif, à l’ablatif et au génitif, les deux premiers sont identiques.

Pardon pour la leçon. Ce qu’il y a, c’est que pouvoir dire «la ministre» et «la professeure» me semble un progrès réjouissant. Mais que le conspirationnisme linguistique ridiculise ce combat. Et le fait que «le ridicule» soit masculin ne change rien à l’affaire.

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