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Quel modèle d’agriculture pour demain?

François Turrian voit dans la culture sans pesticides une chance pour le monde agricole suisse.

Le nombre de courriers envoyés ces jours par des agriculteurs pour signifier tout le mal qu’ils pensent de l’initiative «Pour une eau potable propre et une alimentation saine» n’a sans doute pas échappé aux lecteurs de «24 heures». L’initiative veut supprimer les subventions aux exploitations qui utilisent des pesticides et des antibiotiques à titre prophylactique. Avec sa cousine, l’initiative «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse», qui vise quant à elle à supprimer dans un délai de dix ans l’utilisation et l’importation de pesticides, elles ont fait l’objet d’un rejet pur et simple par le Conseil fédéral.

Un contre-projet à ces textes aurait permis de prendre au sérieux l’opinion de la population, de plus en plus opposée à l’utilisation des produits phytosanitaires, comme l’a montré un récent sondage commandé par le WWF à l’institut gfs. Las, le message du Conseil fédéral a été en substance: circulez, on en fait déjà assez!

Pourtant, les effets nocifs des pesticides sur l’environnement, la biodiversité et la santé humaine sont avérés. La chute massive des populations d’insectes, dont les irremplaçables pollinisateurs, en est l’illustre et désolant exemple. La Suisse utilise annuellement 2200 tonnes de pesticides et ce chiffre n’est pas à la baisse depuis dix ans. Nos cours d’eau sont contaminés par près de 150 substances, selon une récente étude de l’Eawag, l’Institut fédéral des sciences et technologies de l’eau. Les eaux souterraines sont aussi impactées, avec des dépassements des seuils limites, notamment d’ammoniaque, dans les zones d’agriculture intensive. Nos aliments sont aussi concernés, avec des résidus de pesticides découverts dans un nombre important d’échantillons.

Les progrès globaux sont très insuffisants: le Conseil fédéral a dû reconnaître qu’aucun des treize objectifs environnementaux fixés en 2008 pour l’agriculture n’a été atteint jusqu’ici. Un plan d’action des produits phytosanitaires a été certes adopté en 2017 par le Conseil fédéral, qu’il oppose aux initiatives avec la nouvelle réforme «Politique agricole à partir de 2022» (PA22+). Ce plan est largement insuffisant pour atteindre la cible puisque les objectifs sont peu ambitieux et les mesures non contraignantes. Et la taxation des produits phytosanitaires n’est pas non plus à l’agenda.

Pour les organisations de protection de la nature, dont BirdLife, cultiver sans pesticides de synthèse est une chance pour l’agriculture suisse. Ce modèle a fait ses preuves parmi les plus de 7000 producteurs bios du pays. Plutôt que de serrer les rangs derrière leurs faîtières conservatrices, les représentants du monde agricole peuvent renforcer l’alliance avec la majorité des Helvètes qui souhaite une agriculture plus respectueuse de la nature et plus saine.

La balle est aussi dans le camp des consommateurs: payer un peu plus cher son panier de légumes et de fruits cultivés d’une manière durable est loin d’être un immense sacrifice, alors que le budget de l’alimentation n’a cessé de diminuer au fil du temps.

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