La mondialisation heureuse à l’épreuve des crises

L'invitéeLena Lio observe la dépendance de la Suisse face aux pays étrangers.

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Au VIIIe siècle de notre ère, le grand maître chinois Jia Zhen fut invité à venir enseigner les préceptes du bouddhisme au Japon, où cette religion restait encore embryonnaire. En ce temps-là, une telle traversée était très dangereuse. Les risques de naufrage et de piraterie en auraient découragé plus d’un.

Toutefois, le prince Nagoya tenait à s’assurer les services de Jia Zhen, qu’il réussit à convaincre par cette phrase restée célèbre: «Nos paysages sont différents, mais notre ciel est le même.» Dernièrement, cette même phrase fut imprimée sur les colis de masques de protection que le Japon a expédiés en Chine, pour faire face au coronavirus. «Nous vivons sous le même ciel», tel est le fondement de l’amitié sino-japonaise, malgré les atrocités commises durant différentes guerres.

Changement de décor: début mars, l’Allemagne bloquait la livraison de 240000 masques chirurgicaux qui devaient transiter par ce pays, alors qu’ils avaient été commandés en Chine par la Confédération. La Suisse et l’Allemagne «ne vivent pas sous le même ciel». De même, des masques de protection, des gants chirurgicaux et des désinfectants destinés à notre pays se sont trouvés immobilisés en Italie.

«Les paysages s’y ressemblent, mais chacun des pays vit sous son propre ciel»

Cette dernière, durement frappée par l’épidémie et victime des défaillances de son système de santé, a attendu vainement, pendant plusieurs semaines, une aide de l’Union européenne. Comme de coutume, celle-ci s’est employée à faire mentir son nom, en masquant sa désunion par des déclarations de façade. Les paysages s’y ressemblent, mais chacun des pays membres vit sous son propre ciel. Dans le style de Zorro, c’est finalement une équipe de neuf experts chinois qui débarqua dans la Botte, avec plusieurs tonnes de matériel respiratoire et des dizaines de milliers de masques.

En Suisse, l’article 102 de la Constitution définit la mission de l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE): assurer «l’approvisionnement du pays en biens et services de première nécessité afin de pouvoir faire face à […] une grave pénurie». Pour cela, l’OFAE élabore des stratégies de crise, fondées sur des ressources produites localement.

Or qui s’intéresse encore, chez nous, à produire des «biens de première nécessité»? Nos start-up développent des satellites et des robots ultraperformants. Mais dans la vie de tous les jours, nous utilisons bien plus fréquemment des casseroles et des pantoufles «made in China», ou des masques en cas de crise sanitaire.

La globalisation des marchés incite à produire les objets là où les coûts sont les plus bas, pour les distribuer ensuite dans le monde entier. Et quand tout va bien, cela ne pose pas de problème: nous vivons tous «sous le même ciel». Mais qu’un misérable virus montre le bout de son ADN, et la vérité nous éclate à la figure: nous dépendons de l’étranger pour l’essentiel et nous ne maîtrisons plus notre destin.

Créé: 25.03.2020, 06h50

Lena Lio, ancienne députée, ancienne diplomate, candidate UDC au Conseil national.

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