‹Monnaie pleine›, une initiative aux enjeux complexes

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Avec l’initiative «Monnaie pleine», le citoyen se trouve projeté au cœur d’une profonde réflexion politique et économique. Il lui revient de chercher à comprendre s’il faut mettre en place une alternative au système de production et d’utilisation de monnaie en Suisse. Aujourd’hui, la Banque nationale suisse (BNS) est responsable de faire imprimer les billets et de presser les pièces de monnaie, utilisés lors de nos achats courants. Les montants plus importants, comme les fonds qui servent aux transactions hypothécaires, aux crédits les plus divers, ne sont pas de son ressort. Les préoccupations des initiants concernent cette masse d’argent, dite monnaie scripturale, dont la création appartient aux banques commerciales et qui pourrait être confiée à la BNS en cas d’acceptation de l’initiative. D’où provient une telle idée et quels sont les objectifs visés? L’idée de mieux contrôler le crédit n’est pas nouvelle en soi. Par le passé déjà, les crises financières ont montré les risques que pouvaient faire courir la multiplication des crédits hors de tout contrôle. La crise de 2007-2010 a entraîné de nombreuses craintes de par le monde et beaucoup de misère en lien aux «subprimes». Les États-Unis ont été très concernés. La mémoire des Européens est plus marquée par les plans de sauvetage des grandes banques qui ont agité la planète financière et son volet suisse de recapitalisation d’UBS et d’autotransfusion de Credit Suisse. Éviter le renouvellement de ce type de dysfonctionnement est un des objectifs des promoteurs. Toutefois, l’actualité dessert ce texte, les craintes d’une nouvelle crise étant aujourd’hui moins d’actualité. Au-delà de son caractère pionnier, le débat porte sur le dispositif de gestion des avantages, que ce nouveau dispositif pourrait produire. Comme souvent, ces perspectives, dont la définition relève essentiellement des autorités politiques légitimement élues, dénotent une certaine cacophonie. Les prises de position des différents soutiens diffèrent fortement quant aux effets à attendre, bénéfiques ou non, et aux populations concernées. Le texte de l’initiative attribue les bénéfices réalisés par la BNS pour deux tiers à la Confédération et aux cantons. Les auteurs laissent entendre que les montants concernés sont conséquents et leur transfert du privé au public pourrait fluidifier les ressources des collectivités publiques, voire financer un revenu pour chaque habitant. Les préoccupations portées par l’initiative sont loin d’être anodines. Les crises financières passées montrent la fragilité des mécanismes de contrôle actuels. Pour autant, les incertitudes engendrées par la nouveauté des mesures proposées entraîneront la méfiance du souverain. Dommage pour le débat et la réflexion!

(24 heures)

Créé: 28.05.2018, 19h29

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