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Une monnaie pleine de risques pour notre économie

Claudine Amstein, directrice de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie.

La Suisse servirait-elle de terrain de jeu à des économistes d’outre-Rhin aux théories fumeuses? On peut le craindre en lisant la presse alémanique, qui pointe du doigt le professeur allemand de sociologie économique et environnementale Joseph Huber. Il serait l’inspirateur de l’initiative «Monnaie pleine», sur laquelle peuple et cantons se prononceront le 10 juin prochain.

Avec ce texte, les initiants veulent que la Banque nationale suisse (BNS) soit seule habilitée à créer de la monnaie scripturale, que les banques génèrent elles-mêmes afin de financer leurs indispensables activités de crédit. Le système prôné, qui n’a cours dans aucun pays, ferait de la Suisse un îlot monétaire expérimental à haut risque. C’est pourquoi il faut le rejeter avec fermeté.

Avec cette initiative, les banques commerciales ne pourraient plus prêter que l’argent mis à disposition par les épargnants, les entreprises, les assureurs et d’autres banques, ou la BNS elle-même.

Il faut être clair: le financement des crédits aux PME ou des hypothèques immobilières en serait rendu infiniment plus complexe et plus onéreux, car les banques commerciales devraient d’abord rassembler les fonds nécessaires jusqu’au dernier fifrelin avant de pouvoir octroyer un crédit.

«Notre système financier est sain et fonctionne à la satisfaction de chacun»

Ce système ralentirait et renchérirait le coût des prêts de manière substantielle. Or le crédit est précieux pour les entreprises qui veulent investir, innover et créer des places de travail. Ce texte inspiré par des gens qui le sont peu menace notre prospérité.

De plus, nombre d’experts estiment que la mise en œuvre de ce texte, en raréfiant l’offre de crédit bancaire, aurait pour effet de faire croître les taux d’intérêt. Pire: pour contrer cette raréfaction de l’offre, il faudrait stimuler l’épargne privée, car celle-ci deviendrait alors la seule source de financement de l’économie. Or, une augmentation de la tendance à épargner induirait un fléchissement de la demande globale, donc un ralentissement de l’économie…

La BNS elle-même estime que l’initiative «Monnaie pleine» ne pourrait empêcher l’émergence de cycles de crédit ni de bulles immobilières ou financières, qui sont «en premier lieu provoqués par des anticipations de prix excessives et une sous-évaluation des risques».

Notre pays a tiré les leçons de la crise financière de 2008 en prenant des mesures pour ajuster les exigences en matière de liquidités et de fonds propres. La BNS et la FINMA, le gendarme de la finance, veillent. Notre système financier est sain et fonctionne à la satisfaction de chacun.

Le Conseil fédéral, les Chambres, la BNS, EconomieSuisse, l’Association suisse des banquiers, les partis de droite comme de gauche, et même les syndicats, rejettent cette initiative. L’enjeu est de taille: intéressons-nous à cet objet et disons non à la «Monnaie pleine»!

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