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Les monnaies, de l’infiniment petit à l’infiniment grand

Christophe Reymond commente l'apparition des moyens de paiement locaux ou virtuels.

Elles s’appellent la grue en Gruyère et au Pays-d’Enhaut, l’épi dans le Gros-de-Vaud, le farinet en Valais (en voie de disparition), l’abeille à La Chaux-de-Fonds (en phase d’envol), le léman aux alentours du lac de Genève. Ce sont quelques-unes des monnaies locales («complémentaires» lorsqu’on verse dans le volontarisme) qui circulent en nos contrées. Leurs vertus consisteraient à favoriser l’économie de proximité et à limiter les émissions de CO2.

Tout cela est sympathique mais malheureusement un peu léger. Si mes 100lémans ne peuvent en effet être dépensés que dans ma région (du moins chez les commerçants qui veulent bien les accepter), il en ira de même pour les 100 abeilles d’un Neuchâtelois du haut. Chacun reste donc entre soi et il s’agit au mieux d’un jeu à somme nulle.

L’argument du sauvetage de la planète n’a guère plus de substance parce que les circuits courts ne sont pas forcément les plus vertueux. Mon voisin restaurateur va peut-être me servir des légumes locaux mais produits sous serre et transportés dans une vieille camionnette pétaradante. Et le tailleur d’à côté me conseiller une veste fabriquée au Bangladesh et importée par avion.

Il n’est finalement pas étonnant que tous ces projets apparaissent plus ou moins péclotants. Ils sont au fond anecdotiques.

On se trouve dans un autre registre avec la libra, projet de monnaie virtuelle promue par Facebook. Adossée au réseau des 2,7milliards d’utilisateurs des messageries opérées par le géant californien, la libra entend élargir l’accès aux services de paiement, de transfert et de placement financier. Elle a provoqué ce que les colosses technologiques américains avaient toujours réussi à éviter: une réaction coordonnée des dirigeants politiques et des régulateurs mondiaux.

Cette monnaie virtuelle poserait des défis sans précédent du point de vue de la souveraineté. On peut craindre que le système n’offre aucune garantie contre la fraude, les opérations de blanchiment ou de financement du terrorisme. Le développement de la libra est aussi susceptible d’entraîner mécaniquement la hausse du change et la baisse des taux d’intérêt pour les devises qui lui servent de référence.

«C’est la confiance qui constitue le fondement ultime de la monnaie»

Et puis, personne ne sera très enclin à laisser les mains libres à Facebook pour collecter et exploiter ces données hautement sensibles que constituent les paiements. La firme n’a pas vraiment brillé jusqu’ici s’agissant de son sens des responsabilités et du respect de ses utilisateurs.

En définitive, et elle se rapproche en cela de nos folkloriques micromonnaies, la libra risque de buter sur ce qui représente le fondement ultime de la monnaie: la confiance. Celle qui explique cette règle enseignée en première année d’économie et jamais démentie: la mauvaise monnaie chasse la bonne.

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