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Le monsieur te demande de croire en tes rêves

Par Gregory Wicky, Rubrique Vaud et Région

C’est une petite phrase d’apparence inoffensive, souvent associée à un message commercial. Je suis retombé dessus l’autre soir, au centre de Lausanne, sur une affiche format mondial visant à attirer les familles à l’Arena de Genève pour voir Mickey et ses amis faire du patin à glace: «Crois en tes rêves!»

On ne m’ôtera pas de l’idée que cette injonction, anodine à force d’être servie à toutes les sauces, avec son verbe impératif planqué, l’air de rien, sous une couche d’optimisme ambitieux, de résilience festive, est responsable de bien des malheurs. Quel enfant – quel adulte? – peut résister à cette belle notion, sorte de promesse du Père Noël à l’échelle d’une vie, où l’adversité s’effacerait devant le pouvoir magique des désirs? Crois en tes rêves, Léa, et tu seras danseuse étoile (en attendant, Disney est là pour toi). Toi aussi, Luca, tu peux être le plus grand footballeur du monde, il suffit de le vouloir (en attendant, achète cette console de jeux/chaussure de sport/voiture/assurance vie – cocher selon votre âge).

Les statistiques de la vraie vie sont pourtant implacables: Luca et Léa travailleront le plus probablement dans un open space gris en périphérie urbaine, faux plafonds et néons blafards en guise de feux de la rampe. Pas de honte à ça, mais on parie que les rêves d’enfant qu’on les a enjoints de suivre n’étaient pas ceux-là? L’exceptionnel ne peut pas être la norme. (Il est bien sûr des rêves plus accessibles – d’épanouissement, d’amour, de paix intérieure –, mais ce ne sont pas ceux-là qu’on nous vend, ils ne rapportent pas grand-chose.) Stars de cinéma, petits génies de la Silicon Valley, dieux du stade, tous sont formels: ils y sont parvenus à force de persévérance et d’opiniâtreté. Soit. Mais pour un winner, il faut 1000 losers. Et à ceux-là on tend rarement le micro.

L’autre soir, au centre de Lausanne, quelques pas après être tombé sur l’affiche, j’ai croisé un dealer qui m’a proposé sa marchandise d’un regard entendu. Quitte à ne pas me faire des amis, j’aurais envie de dire qu’il m’a paru moins malhonnête que l’affiche. Sa chimère à lui est tout aussi tarifée, plus franche dans ce qu’elle a de dangereux. Sordide et illicite certainement, mais répondant finalement à une demande. Tiens, peut-être même que si les dealers ont autant de clients, c’est que ces derniers, qu’ils soient junkies édentés de la place de la Riponne ou traders surmenés la tête dans un bol de coke, ont trouvé bien difficile de ne plus croire en leurs rêves.

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