Monsieur le juge, ne pas résister n’est pas consentir!

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Comme des centaines de milliers de personnes, elle a convergé vers Pampelune pour les fêtes de la San Fermin. Elle a 18 ans ce 7 juillet 2016. Elle a bu de la sangria, elle a dansé. Assez pour s’arrêter sur un banc, fourbue, à 3 h du matin, avant de rentrer. Un homme l’approche. Sept minutes plus tard, elle se fera entraîner dans une entrée d’immeuble et violer par «la meute». Ainsi se sont surnommés sur leur groupe WhatsApp cinq hommes, entre 24 et 27 ans, à forte carrure: l’un est issu de la Guardia civil, un autre a appartenu à l’armée et plusieurs sont des supporters «ultras» du club de foot de Séville. Le genre de hooligans qui ne fleurent pas bon la tendresse…

Encerclée par eux, sans issue possible, la victime dit avoir réagi en se soumettant: «J'ai fermé les yeux pour que ça passe plus vite.» «Ça»: fellations, pénétrations (vaginales et anales). Elle ne s’est pas débattue. Elle s’est absentée d’elle-même, paupières closes sur l’horreur. À l’inverse, la meute a filmé… Verdict: pas de «viol», mais «abus sexuel», et donc 9 ans de prison au lieu des 22 réclamés. Deux semaines avant, la meute disait pourtant vouloir se procurer des drogues «pour les viols».

Cette sentence a jeté des milliers d’Espagnols dans les rues. Les réactions ont fusé. Même des nonnes carmélites ont diffusé un vibrant plaidoyer. La romancière Lucia Etxebarria a rappelé qu’en 2008 aux San Fermin, une étudiante avait été tuée par son violeur: «Si tu résistes, ils te tuent. Si tu ne résistes pas, ils t’humilient.» Sommet: l’un des trois magistrats voulait la relaxe! Pensez-vous sérieusement, Monsieur le juge, que cette femme ait pu se livrer librement à cinq hommes sept minutes après les avoir vus pour la première fois? Avez-vous regardé trop de films pornos, Monsieur le juge?

Au-delà de la colère, on s’étonne qu’un magistrat soit si peu au fait des mécanismes psychologiques à l’œuvre dans un traumatisme. Des réactions scientifiquement documentées, que l’on peut résumer avec les trois F anglais: Fight, Flee, Freeze. Combattre, fuir, se figer. Le psychisme choisit la sidération lorsque les autres voies sont impossibles. Les femmes violées le savent, qui se culpabiliseront ensuite de n’avoir pas agi, dans cet état d’absence. Pourquoi cette impossibilité de se débattre est-elle, à tort, presque prise pour un consentement? Devant pareil aveuglement, une meute – plus grande que celle qui a agressé cette jeune femme – se lève: celle de toutes les femmes qui, dans le sillage de #MeToo, vont lutter pour ne plus voir leurs droits bafoués. (24 heures)

Créé: 05.05.2018, 10h56

Stéphanie Arboit, journaliste Vaud & régions

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