Moutier, ville libre ou à libérer?

L'invitéRené Knüsel rappelle un peu d'histoire avant le scrutin de dimanche prochain.

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D’ici moins d’une semaine, les électeurs de Moutier auront choisi entre Jura et Berne. La question pourrait sembler anecdotique et régionale, vue de Lausanne. Une commune de quelque 8000 habitants qui change de canton. Et alors?

Le fait ne doit pas être banalisé, parce que les enjeux sont bien autre chose qu’un épiphénomène régional. Ce vote, quel que soit le résultat, donne une première information clé: les modifications des limites territoriales, par exemple entre deux cantons, montrent que les frontières ne sont pas intangibles. Ces dernières décennies de nombreuses communes ont fusionné un peu partout en Suisse, même s’il est vrai que certains projets ont échoué, pour des raisons diverses.

Le phénomène est plus spectaculaire lorsqu’une correction de frontière se fait entre deux cantons, voire deux Etats. C’est alors l’identité cantonale ou nationale qui est remise en question. Mais sur ce plan aussi, les changements sont importants, puisque la souveraineté étatique a été redimensionnée au regard du droit international en particulier.

Le changement éventuel de canton d’appartenance par la commune de Moutier ne constituerait pas une modification de l’importance de celle de l’entrée en souveraineté du canton du Jura. Cette modification territoriale avait montré la qualité et la flexibilité de nos institutions avant tout.

Le fait que la population prévôtoise soit appelée à déterminer son appartenance cantonale montre, elle aussi, la maturité des mécanismes institutionnels. Cette consultation sera la septième portant sur cette thématique. Moutier constitue un point névralgique dans la question jurassienne. Dès les premières consultations, les forces en présence étaient presque égales avec une légère majorité probernoise qui s’est érodée avec les années.

Après les échauffourées et les tensions de 1975, l’opinion a évolué et une majorité de ses habitants avait souhaité s’engager dans un processus de rapprochement avec le Jura en 2013.

Les clivages originels demeurent, qu’ils soient peu évoqués comme la confession ou valorisés comme l’appartenance identitaire. La composition sociologique des groupes qui s’opposent a peu évolué dans le temps et les opinions demeurent tranchées. La reproduction du clivage a traversé les générations. Il appartiendra sans doute à une minorité de décider, tant le résultat sera serré.

A la lecture de ces faits, on doit bien admettre que les raisons fondatrices du malaise jurassien demeurent. Canton pont entre deux cultures, Berne n’est pas parvenue à valoriser cette double identité. Pratiquer le bilinguisme nécessite un engagement fort autour de la conviction qu’il s’agit d’une chance unique, mais qui nécessite un investissement sans faille. La fin de la question jurassienne sera à ce prix.

(24 heures)

Créé: 12.06.2017, 15h29

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