Le Nobel de physique doit donner un élan à tout le pays

La rédactionPatrick Monay commente l'attribution de la prestigieuse récompense à Michel Mayor et Didier Queloz.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Une confirmation éclatante des capacités de la communauté scientifique suisse. C’est ainsi qu’a été salué, à juste titre, le prix Nobel de physique décerné cette semaine à Michel Mayor et Didier Queloz. L’Université de Genève décroche la lune grâce à ses astrophysiciens vedettes, deux ans après l’Université de Lausanne et le sacre du professeur de chimie Jacques Dubochet. Une source de fierté légitime pour l’arc lémanique, bien sûr, mais surtout un élan qui doit profiter à tout le pays.

Pour apprécier cette nouvelle distinction à sa juste valeur, il faut se souvenir du désarroi dans lequel le petit monde de la recherche helvétique était plongé il y a cinq ans à peine. Le peuple venait d’accepter l’initiative de l’UDC qui voulait barrer la route à «l’immigration de masse». En réaction, l’Union européenne avait suspendu la participation de la Suisse au programme de recherche Horizon 2020. Les scientifiques de nos hautes écoles ont alors eu toutes les peines du monde à obtenir des financements européens pour leurs travaux, jusqu’à la réintégration de la Suisse en 2017.

Aujourd’hui, l’avenir de ce crédit­cadre au-delà de 2020 fait l’objet de discussions à Bruxelles. N’étant pas membre de l’UE, la Suisse n’y prend pas part. Et rien ne permet de garantir qu’elle conservera un statut de partenaire privilégié. La conclusion toujours incertaine d’un accord institutionnel avec Bruxelles complique la donne, même si Berne estime que le soutien à la recherche doit en être dissocié.

C’est cela qu’avait en tête Guy Parmelin, mardi, en réagissant à l’annonce du prix Nobel de physique. «La Suisse reste un partenaire extrêmement intéressant dans la coopération scientifique européenne et internationale», s’est dépêché de souligner le ministre de l’Économie. Il oublie qu’une autre menace – issue des rangs de son propre parti – plane sur la place scientifique suisse. La nouvelle initiative de l’UDC, dite «de limitation», veut oblitérer la libre circulation des personnes. Son éventuelle acceptation mettrait en péril, par un jeu de dominos, l’accord sur la recherche avec l’UE. Les universités suisses, tout en célébrant le succès retentissant du duo Mayor-Queloz, ont donc quelques raisons de se faire du souci.

«Ce prix, c’est le signe réjouissant d’une Suisse ambitieuse, curieuse et ouverte sur le monde»

D’où l’importance de goûter pleinement à ces instants de gloire et d’en saisir l’impact. Le Nobel de physique, c’est le triomphe de la Suisse des laboratoires, cet univers souvent méconnu du grand public. C’est la preuve que la Confédération et les Cantons ont raison d’investir dans la formation de pointe. Aujourd’hui, grâce aux passerelles créées entre les filières, un apprenti a la possibilité de poursuivre son cursus jusqu’au doctorat. Un tel prix doit donner envie aux jeunes d’entreprendre des études exigeantes, d’aller se former et enseigner à l’étranger – comme Didier Queloz le fait à Cambridge. C’est le signe réjouissant d’une Suisse ambitieuse, curieuse et ouverte sur le monde. Une Suisse qui ose rêver d’exoplanètes tout en gardant les pieds sur terre.

Créé: 11.10.2019, 06h56

Patrick Monay, chef de la rubrique Suisse.

Articles en relation

Feu vert des États pour des mesures contre le CO2

Parlement fédéral Les sénateurs réparent le «fiasco» du Conseil national. Mais tous les élus ne sont pas pour la taxe sur les billets d’avion. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.