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«Au nom de l’argent tout-puissant»

Jean-René Moret regrette que les arguments économiques prennent le pas sur l'éthique et en appelle à la Constitution fédérale.

Les Chambres fédérales débattent et tergiversent ces temps sur l’initiative pour des multinationales responsables. Il s’agit en bref de pouvoir tenir les multinationales basées en Suisse pour responsables de leurs agissements à l’étranger. Cela en incluant aussi un devoir de diligence par rapport à leurs sous-traitants. Si le Conseil national a proposé un contre-projet satisfaisant les initiants, le Conseil des États et le Conseil fédéral veulent une approche très peu contraignante pour les entreprises. L’argument central est économique: ce serait mauvais pour la place économique suisse. On risquerait de perdre des points de PIB. Et il semble que quand cela est dit, on ait tout dit.

Et il n’y a pas de quoi être étonné. On la connaît cette rengaine. Interdire la vente d’armes à l’étranger? Mauvais pour l’économie. Accorder deux semaines de congé paternité? Dangereux pour la croissance, disent les référendaires. Cesser d’acheter l’or sud-africain au temps de l’apartheid? Combien cela nous aurait-il coûté? Réduire drastiquement les émissions de CO2 au niveau mondial? «Et notre croissance!» s’écrie-t-on.

Tout doit se mesurer en points de croissance, et malheur, malheur à celui qui vote contre la prospérité du pays. Qu’importe qu’on arme – indirectement et contre notre gré bien sûr (mais oui…) – des parties belligérantes, qu’on cautionne l’exploitation des faibles et le pillage de la nature, qu’importent la décence, l’éthique ou le soin aux enfants, on ne peut tout de même pas risquer de s’appauvrir.

Notre Constitution fédérale est fameusement introduite par l’invocation «au nom de Dieu tout-puissant». S’il faut en juger par nos comportements et les arguments qui emportent trop souvent la mise, il nous faudra ajouter une note de bas de page pour préciser que par «Dieu tout-puissant», on entend en fait l’argent.

«Les arguments économiques font de nous des adorateurs et esclaves de l’argent»

Qui est en effet celui dont nous attendons le secours, celui que nous craignons d’offenser, celui au regard duquel nous jugeons de toutes les questions? Apparemment pas le Dieu de la révélation chrétienne, créateur d’une nature dont nous sommes responsables et de tous les êtres humains, dotés d’une égale valeur. Non, ce sont les arguments économiques qui déterminent notre conduite, faisant de nous des adorateurs et des esclaves de l’argent.

Si notre prospérité, notre style et notre niveau de vie reposent sur le commerce des armes et l’indulgence envers les exploiteurs, si l’on ne peut plus prendre le risque de fâcher les mastodontes de l’économie, l’argent est notre maître et non notre serviteur.

Concluons en citant Ulrich Zwingli, le réformateur de Zurich, qui parlait en son temps du mercenariat, institution lucrative que nous nous félicitons aujourd’hui d’avoir abolie: «Il est vrai que les ressources de notre pays ne peuvent suffire au luxe qui s’est introduit dans nos montagnes; mais si, satisfaits du sort que Dieu nous a accordé, nous voulions mener la vie simple de nos ancêtres, nous n’aurions pas besoin de cet argent.»

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