Au nom de Charlie et de tous les Charlie du monde

L’invitéeLes dirigeants qui ont défilé à Paris ne respectent pas tous la liberté de la presse, relève Isabelle Ducret, directrice de Reporters sans frontières Suisse.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Ils étaient tous là le 11 janvier dernier. Dans le cortège de citoyens émus, tout devant, une cinquantaine de hauts dignitaires du monde entier sont venus afficher leur soutien solennel à la liberté d’expression. Mais pour certains, n’était-ce qu’une façade?

Prenons un exemple. Le premier ministre turc Ahmet Davutoglu a défilé le 11 janvier. Or en 2014, la Turquie termine 154e sur 180 du classement du respect de la liberté d’expression publiés par Reporters sans frontières. La présence du premier homme du gouvernement va-t-elle changer la donne? Non. Il aura suffi de trois jours pour démontrer le contraire. Septante-deux heures après le défilé, un tribunal du sud-est du pays ordonnait le blocage des sites internet qui voulaient reproduire la couverture du numéro des survivants de Charlie Hebdo représentant Mahomet. Au même moment, le quotidien d’opposition Cumhuriyet recevait la visite de la police à son imprimerie d’Istanbul. Les forces de l’ordre voulaient vérifier que le tirage du numéro spécial de quatre pages du journal ne mettait pas le prophète caricaturé à la Une.

«En aucun cas la religion ne peut définir ce qui peut être dit, écrit ou dessiné. »

Il y a d’autres exemples, comme la Russie qui n’a pas hésité à user de la censure et de l’intimidation auprès des médias qui ont tenté de reproduire les caricatures de Charlie Hebdo. Un comportement qui n’étonne guère, Vladimir Poutine étant considéré comme un prédateur de la liberté de la presse avec pas moins de 29 professionnels des médias assassinés depuis son arrivée au pouvoir.

Alors, cette manifestation n’était-elle qu’une goutte de prise de conscience dans un océan d’indifférence? De la part des gouvernements qui pratiquent le contrôle de l’information, c’est probable. La diffamation des religions relève du droit pénal dans 86 pays.

Mais au sein de la population, le premier choc passé, des langues se délient et permettent d’aborder et de répondre à une question centrale: Charlie Hebdo n’est-il pas allé trop loin? Non, définitivement non. Charlie Hebdo dérange, on aime ou pas, on est d’accord ou pas, mais à aucun moment le journal satirique n’a outrepassé la liberté d’expression garantie par la Déclaration universelle des droits de l’homme. En aucun cas la religion ne peut définir ce qui peut être dit, écrit ou dessiné. D’ailleurs, que ce soit en France en 2006 ou au Danemark en 2005, la justice a mis hors de cause les premières caricatures de Mahomet.

La liberté d’expression ne se mesure pas en quantité mais en qualité. Lorsqu’elle touche aux religions et que la réponse est la menace, c’est là que, malgré le malaise que peuvent, pour certains, provoquer les caricatures de Charlie Hebdo, il faut se mobiliser pour ne pas transiger. C’est là qu’il faut résister, ne pas laisser croire aux assassins que leur stratégie est payante. Et ne pas céder à la psychose.

Créé: 06.02.2015, 11h54

Isabelle Ducret (Image: DR)

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.