Et si l’objectif de «No Billag» n’était pas celui annoncé?

L'invitéRené Knüsel détaille les dessous qu'il perçoit de l'initiative du 4 mars.

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La proposition des promoteurs de l’initiative est simple. Elle vise à supprimer tout soutien fédéral, direct ou par le biais d’un intermédiaire, en faveur de la radio-télévision. Acceptée, cette modification de la Constitution fédérale ouvrirait simplement le marché de l’audiovisuel à une concurrence sans régulation autre que l’attribution régulière de concessions.

Tout le reste n’est que pure désinformation, en particulier les annonces qui tentent d’habiliter une intervention moindre des pouvoirs publics. Prosaïquement dit, l’objectif non formulé est la suppression du prélèvement annuel de quelque 450 fr. par Billag. Inutile de chercher d’autres informations. L’initiative ne formate pas le futur paysage audiovisuel, qui adviendra dès le début 2019, le système actuel disparaissant à ce moment-là.

La tentation de se libérer d’un prélèvement contraint est grande, en particulier pour les personnes au revenu modeste. Mais la question centrale, à ne pas éluder est: quel est le coût social de la suppression de ce prélèvement. Quel pourrait être le paysage de l’information en cas de disparition de toute redevance en faveur d’un service audiovisuel institué par l’État? Nul n’est aujourd’hui en mesure de le dire. Mais quelques certitudes existent. Selon les initiants, chacun serait libre de disposer du montant épargné pour financer ses choix, voire renoncer à s’informer.

Pour qu’un tel marché fonctionne, il faut une offre plurielle et des acheteurs en nombre suffisant. Que représenteraient les quelques centaines de francs économisés par chaque ménage pour exister sur un tel marché? Que pourrait exiger un consommateur? Pourrait-on imaginer les 8 millions d’habitants se fédérant pour indiquer leur préférence ou serait-ce juste le règne de l’audimat?

Les règles régissant un tel marché répondraient exclusivement aux impératifs économiques et publicitaires. Les millions de consommateurs éparpillés, éclatés, disparates dans leurs attentes, n’auraient guère voix au chapitre. Une métaphore résume bien la situation à venir: chaque citoyen se retrouvera dans le poulailler libre face aux renards libres.

Mais à lire l’argumentaire des sympathisants, on est en droit de s’interroger sur leur véritable objectif. Si le seul libre arbitre de chacun prime, alors «No Billag» ne constitue qu’un ballon d’essai, pour la lutte contre toute entrave à la liberté et contre tout interventionnisme étatique. Parvenir à priver l’État de tout rôle dans le domaine hautement stratégique de l’information dégagerait la voie vers ces autres objectifs que sont les transports, la distribution de l’eau, les énergies, la santé ou la sécurité. Une musique connue dans l’UE, que les partisans de «No Billag» jouent à l’unisson. Étonnant non? (24 heures)

Créé: 05.02.2018, 15h24

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