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Les Ouïgours, victimes ignorées, sont persécutés

Hani Ramadan dénonce les mauvais traitements que subissent les musulmans du Turkestan oriental.

À l’heure actuelle, les musulmans de la République du Turkestan oriental, annexée par la Chine en 1950, subissent une forme de nettoyage ethnique qui a pris des dimensions ahurissantes, à l’image de la puissance de l’Empire du Milieu: d’après les Nations Unies et Amnesty International, plus d'un million d’Ouïgours sont soumis à un programme allant de la rééducation collective à l’extermination progressive. Dolkun Isa, le président du Congrès mondial ouïgour, parle lui de trois millions de musulmans turcophones réprimés, sur une population estimée au moins à 13 millions d’habitants.

Le terme même dont se servent les Chinois pour désigner cette région, Xinjiang, signifie littéralement «la nouvelle frontière», et atteste d’un passé colonial appuyé aujourd’hui par le fait que cette région recèle d’importantes réserves de pétrole, de gaz naturel, de charbon et d’uranium.

«De la rééducation collective à l’extermination progressive»

Trop de témoignages convergents, rapportés par les ONG les plus sérieuses dont Human Rights Watch (HRW), montrent ce qu’il en est: dans les «camps de rééducation», les musulmans subissent torture et lavage de cerveau. Des enfants sont séparés de leurs parents pour accélérer leur assimilation à la culture chinoise. Toute pratique musulmane y est interdite. On contraint les musulmans à boire du vin et à manger du porc. Les dissidents récalcitrants subissent viols et humiliations, d’autres disparaissent. Des lieux de culte sont détruits. Le «Guardian» et Bellingcat ont ainsi attesté, images satellites à l’appui, de la démolition systématique de mosquées par les autorités chinoises. La rhétorique que Pékin oppose à toute critique de sa politique répressive n’échappe pas à la logique que déploient les dictatures quand elles cherchent à justifier leurs actions: elles nous ramènent invariablement à la lutte contre le terrorisme et à la nécessité d’en finir avec l’extrémisme.

La vérité est que le gouvernement chinois se livre sans aucun état d’âme à une épuration ethnique qui protège ses seuls intérêts géostratégiques. La vérité est que «la croyance religieuse est vue comme une pathologie» dans certains milieux de ces contrées lointaines, comme l’affirme le professeur d’histoire chinoise à l’université américaine de Georgetown, James Millward. Il s’agit purement et simplement de siniser les Ouïgours, en les amenant progressivement à délaisser leur foi.

On a relevé que des «pays islamiques» soutiennent la Chine. Il conviendrait plutôt d’être attentif à ce que pensent les ONG qui font passer les droits de l’homme avant les intérêts bassement économiques des pays engagés avec la puissance asiatique désormais incontournable. Quatorze États, dont l’Arabie saoudite, Bahreïn, l’Égypte, les Émirats arabes unis, «au lieu de se joindre aux nombreux gouvernements qui dénoncent les abus contre les musulmans du Xinjiang, [...] ont préféré souscrire à la thèse répugnante avancée par Pékin». C’est ce qu’affirmait avec raison, au mois de juillet dernier, Mme Sophie Richardson, directrice de la branche chinoise de Human Rights Watch.

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