Le parler vaudois et la langue russe convergent

Les invitésGrégoire Dunant et Eva Zaki donnent quelques exemples de mystérieuse convergence.

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Une oreille attentive, régulièrement exposée à la fois au parler vaudois bien de chez nous, et à la langue de Pouchkine, peut constater cette étonnante consonance: des voyelles qui n’existent que dans le Pays de Vaud se retrouvent, à peu de chose près, dans l’alphabet cyrillique…

De là à émettre l’hypothèse qu’un(e) Vaudois(e) ayant un fort accent serait plus doué(e) pour prononcer la langue de Dostoïevski, qu’un(e) Français(e) de l’Hexagone… il n’y a qu’un pas!

Mais étudions cela de plus près. D’abord, la voyelle «o» ouvert, comme dans le mot «époque». Nous reconnaissons l’accent vaudois au fait que le «o» est ouvert même en fin de «mot», justement, comme dans «vélo» ou «asticot»: le même «o» que dans «époque»! Cela n’étonne personne chez nous, on boit le Merlot… ouvert. Alors qu’en français de France, le «o» ouvert n’existe qu’avant une consonne (comme dans «port», «corps», «trésor»). Si à Paris, poteau, hameau, et la reine Margot, se terminent par un «o» fermé, dans le Canton de Vaud, il est ouvert et chantant!

Et voici le parallèle: les russisants et russophones connaissent le «o» ouvert et accentué, à la fin de mots russes comme «smechno» (drôle), «teplo» (chaud) ou «okno» (fenêtre): même si en russe on y ajoute encore une légère diphtongue, ces «o» ont un air de famille certain avec le «o» vaudois. D’ailleurs, ne vous avisez pas de les prononcer fermés, vous énerveriez passablement votre prof de russe...

Deuxième exemple, la voyelle qu’on appelle «i» dur en russe et qui n’existe pas en français: rétractez la langue au milieu de la bouche, loin des dents, et prononcez «i»: le son est entre «i» et «é» ou «eu». Eh bien, contrairement aux autres francophones, les Vaudois possèdent cette voyelle: «Je n’ai pas encore fini!» ou encore «j’irai vers midi»… le «i» final est traîné en longueur et présente une similarité certaine avec le «i dur» russe.

Mais ce n’est pas tout. Le «j» en français se prononce d’une seule manière: «jour», «jurer» «jalon»… Quant au vaudois populaire, il dispose d’un «j» et d’un «g» chuintants, prononcés avec la langue rétractée, plus en arrière: «J’ai vu la Ginette». La lettre «j» est également chuintante en russe, comme dans les mots «jirny» (gras) ou «jaloba» (plainte). On ne peut prononcer ces mots avec un «j» français… Il faut le «j» vaudois.

Et pour terminer avec une autre chuintante, le «ch» de «charrette», comment se dit-il en vaudois? Bien chuintant, bien gonflé! De même que pour le fameux «chalet», qui ne se prononce pas à la parisienne. Le résultat obtenu sera voisin du «ch» de «ouchi» en russe (oreilles) ou encore «chiroki» (large).

Espérons que ces constatations inciteront plus de Vaudois à apprendre le russe, vu leurs prédispositions phonatoires pour la prononciation de la langue de Tolstoï. Quoi qu’il en soit, il est piquant de constater des convergences et similitudes inattendues entre des langues parfois éloignées. (24 heures)

Créé: 02.02.2018, 14h15

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