Où sont passés les milliards des «barons de l’électricité»?

L'invitéSerge Ansermet rappelle le pactole engrangé ces dernières années par les grandes compagnies.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Les «barons de l’électricité» (notamment Axpo, Alpiq, BKW, Repower) constituent l’un des plus puissants lobbies dans notre pays. Ils sont sur le point d’arriver à leurs fins: plusieurs centaines de millions vont être débloquées annuellement, de différents canaux, pour renflouer leurs finances chancelantes.

Dans ce débat on oublie les milliards qu’ils ont engrangés au début des années 2000. Quelques chiffres permettent d’en préciser l’ampleur. Entre 2000 et 2014 c’est quelque 15 milliards de francs qu’ils ont réalisés grâce à l’électricité de pointe exportée (dont 2,115 milliards pour la seule année 2008).

De façon plus générale la branche de l’électricité (300 entreprises représentant 90% de la production et 80% de la distribution) a accumulé des profits de plus de 20 milliards de francs entre 2005 et 2014 soit le double des dix années précédentes. En 1999 le bénéfice distribuable était de 690 millions, dix ans plus tard il grimpait à 5,62 milliards.

Ces profits ont maintenant fondu et leur destination ne fait plus débat alors que d’énormes investissements dans le pompage turbinage restent à amortir (dont 4 milliards entre Nant de Drance et Linth Limmern). Pour diverses raisons, les pics de la demande ne sont plus ce qu’ils étaient et la différence entre le prix du kWh de pointe et de ruban a fondu. Plus que les barrages traditionnels existants ce sont les équipements de pompage turbinage ainsi que des investissements foireux à l’étranger comme des centrales à gaz et à charbon qui mettent en péril ce secteur de la production électrique. L’offre excédentaire et la baisse du prix du courant en bourse ne suffisent donc pas à expliquer les problèmes rencontrés.

Par ailleurs nos entreprises électriques sont mal placées pour se plaindre du marché de l’électricité faussé par les subventions puisque elles-mêmes tirent des profits non négligeables grâce à ces mêmes subventions dans les nombreux pays européens où elles ont des participations dans le solaire et l’éolien.

Depuis quelques années les pertes et les amortissements extraordinaires se suivent. Sur ce gâchis règne l’opacité; on devrait payer en fermant les yeux sur les responsabilités.

Ne serait-il pas temps qu’une enquête indépendante soit diligentée et le débat ouvert, notamment sur les responsabilités? Une telle démarche est toutefois difficile tant le lobby des principales entreprises d’électricité est puissant au sein des Chambres fédérales et des commissions spécialisées. De plus, les cantons et leurs représentants n’y ont pas intérêt: comme propriétaires de ces installations ils sont bénéficiaires de dividendes, tantièmes, impôts et redevances diverses.

On attend des politiciens qu’ils soulèvent ces questions comme ils l’ont fait lors de la débâcle de Swissair…

(24 heures)

Créé: 13.06.2017, 14h52

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 4

«Christian Constantin dérape une fois de trop», paru le 23 septembre 2017.
(Image: Valott) Plus...