Passer au contenu principal

Le paysage théâtral suisse en mouvement

à Vincent Baudriller, à propos des changements en cours dans les théâtres des grandes villes du pays.

Du 25 mars au 5 avril aura lieu à Lausanne la 6e édition du Festival Programme Commun, un temps fort des arts de la scène imaginé conjointement par le Théâtre de Vidy, l’Arsenic et les Printemps de Sévelin. Une nouvelle fois Lausanne apparaîtra comme une ville dynamique sur la scène de la création contemporaine internationale, attirant un public de toute la région mais aussi de nombreux professionnels des autres régions de Suisse et de l’étranger.

Il y a plusieurs années, cette ouverture au théâtre d’aujourd'hui, à un théâtre inventé par des artistes qui cherchent de nouvelles formes esthétiques pour interroger notre époque, avait entraîné des débats sur ce qu’est ou devrait être le théâtre et son rôle dans la cité.

Il est intéressant pour moi de constater que, depuis six ans, le paysage théâtral en Suisse s’est beaucoup transformé pour donner une large place aux écritures contemporaines, théâtrales et chorégraphiques, et pour trouver de nouveaux équilibres entre les différentes approches de la création scénique.

Après Lausanne, qui a vu se renouveler les directions de quatre institutions, le Théâtre de Vidy, le TKM, l’Arsenic et le Festival de la Cité, avec des projets s’appuyant sur les histoires fortes de ces lieux pour mieux les réinventer, ce fut au tour de la Ville de Genève de changer pas moins de sept directions (sans compter le Grand Théâtre). De la Comédie de Genève au Théâtre de l’Orangerie, en passant par le Théâtre du Grütli ou le Théâtre Saint-Gervais, on retrouve à leur tête des artistes ou des directrices et directeurs artistiques qui ont participé activement à la scène contemporaine romande de ces vingt dernières années.

«Contribuer à l’originalité et au rayonnement de la scène helvétique»

Un même élan s’observe actuellement en Suisse alémanique. À Zurich, la direction de trois théâtres et du Festival d’été vient de changer. Ainsi le Schauspielhaus, un des grands théâtres de répertoire du pays, est codirigé depuis septembre par un dramaturge et metteur en scène (Nicolas Stemann, qui a déjà présenté à Vidy «Nathan!?», d’après Lessing, et «Werther!», d’après Goethe, et qui y créera bientôt «Contre-enquêtes», d’après un roman de Kamel Daoud). Ils font évoluer le fonctionnement d’un théâtre d’ensemble, proposent des formes et des dramaturgies nouvelles, invitant notamment des artistes venu·e·s du monde chorégraphique et des arts plastiques. À la Gessnerallee, une institution zurichoise importante pour la création indépendante, trois jeunes codirectrices prendront en septembre la responsabilité de ce lieu avec une gouvernance artistique collaborative et ouverte sur la société.

À Bâle, après un changement de direction au théâtre Die Kaserne l’an passé, donnant une plus grande place aux formes extra-européennes, ce sera au tour du Theater Basel (opéra et théâtre d’ensemble) d’être mené par une nouvelle équipe, avec, parmi les projets annoncés, le «Requiem» de Mozart mis en scène par le grand artiste italien Romeo Castellucci.

Ce mouvement dans les quatre plus grandes villes de Suisse est un moment intéressant. Il peut entraîner de belles synergies entre les lieux et les artistes au-delà des frontières culturelles et linguistiques, et contribuer à l’originalité et au rayonnement de la scène helvétique.

Il témoigne aussi de la richesse et de la diversité de la création théâtrale aujourd’hui. Que les artistes utilisent un texte du répertoire ou contemporain, une pièce de théâtre, un roman ou un scénario, qu’ils mêlent, ou pas, le théâtre et la danse, qu’ils utilisent, ou pas, la vidéo ou des micros, l’enjeu est toujours de partager une parole sensible sur notre temps et sur notre manière d’être au monde. C’est pourquoi le théâtre a sa place dans la cité depuis l’Antiquité. Et c’est pourquoi, comme il en a été débattu lors des récentes Assises de l’accès à la culture organisées par la Ville de Lausanne, les théâtres doivent être des lieux vivants, accessibles et surtout ouverts au monde et au plus grand nombre.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.